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Les arts coréens

Musiques traditionnelles de Corée

La musique traditionnelle coréenne occupe une place de choix parmi les cultures musicales de l'Asie orientale et se distingue nettement de celles de ses deux grands voisins : la Chine et le Japon. Certes, la Corée doit beaucoup à l'influence de la Chine, mais elle parvint aussi à développer très tôt ses propres formes musicales et à les imposer hors de ses frontières. On sait par exemple qu'à l'époque des dynasties chinoises Sui et T'ang (VIe VIIe s.) des orchestres coréens se produisaient régulièrement à la cour de Chine et à la cour de Nara au Japon. La musique traditionnelle coréenne comprend aujourd'hui trois grandes catégories : musique de cour, musique d'essence populaire et musique religieuse.


Aperçu historique

La Corée se rattache à la Sibérie orientale par sa population, d'origine toungouse, par sa langue qui comme le japonais appartient au groupe ouralo-altaïque et enfin par le chamanisme qui est parvenu à survivre dans le peuple à l'hégémonie du bouddhisme puis du néo-confucianisme. Très tôt la Corée est apparue comme un carrefour, un espace incontournable dans les relations qui se tissaient en Extrême-Orient et suscita bien des convoitises.

Les Trois Royaumes (57 av. J.-C. - 668 ap. J.-C.)
Vers 108 av. J.-C. la dynastie chinoise des Han antérieurs installe quatre commanderies militaires dans la péninsule coréenne et y introduit la langue et l'écriture chinoises ainsi que la philosophie confucéenne. Plus au sud la péninsule est partagée entre trois royaumes : Koguryo au nord, Paekche au sud-ouest et Silla au sud-est. Autour de l'an 375, le bouddhisme mahayâniste est introduit dans les royaumes de Koguryo et Paekche jusqu'alors chamanistes. Le royaume de Silla y adhère à son tour au Ve siècle. Au nord, Koguryo, qui entretient d'étroits contacts avec la Chine, adopte la musique de la cour impériale et la musique bouddhique ; c'est à cette époque qu'est créée la cithare à frettes komungo sur le modèle du qin chinois. De plus, le royaume de Koguryo crée un Institut de la Musique qui régit l'enseignement et la pratique de la musique officielle. Cet Institut subsistera à tous les changements de régime jusqu'à la fin du royaume de Choson (1910). Le royaume de Paekche au sud-ouest, en contact avec le Japon, développe les théâtres masqués dont ne subsiste plus aujourd'hui qu'une forme : le pongsan.
Le royaume de Silla, relativement isolé, invente quant à lui la grande cithare à chevalets kayageum, inspirée du zheng chinois, et développe le hyangak, un répertoire proprement coréen.

Le royaume de Silla unifié (668-935)
Après cinq siècles de querelles, le royaume de Silla aidé par l'armée chinoise des Tang, unifie la péninsule coréenne. Le trafic commercial en Mer de Chine assure la prospérité du royaume. Le respect des notables de Silla pour la civilisation chinoise les conduit à adopter très largement la culture et les m¦urs des Tang et notamment le répertoire de musique de cour tangak qui au cours des siècles va se coréaniser. Les révoltes paysannes auront raison du royaume de Silla et permettront l'avènement du royaume de Koryo en 918.

Le royaume de Koryo (918-1392)
Vers l'an 1000, le royaume de Koryo contrôle environ deux millions d'âmes et conserve des relations étroites avec la Chine des Tang puis des Song. L'art de l'époque de Koryo est essentiellement aristocratique et la musique de cour aak connaît-là un très grand essor. Sur le plan religieux, le bouddhisme bénéficiant de la protection des nobles exerce une influence énorme sur l'ensemble du peuple tandis que le chamanisme entre en défaveur. Sur le plan musical le bouddhisme coréen affirme son originalité avec un vaste répertoire de prières yombul, de chants sacrés pumpae et de danses chak bop. Le royaume de Koryo affaibli par des dissensions internes est balayé par l'occupation mongole au XIIIe siècle.

Le royaume de Choson (1392-1910)
Le général Yi Song-gye chargé par le pouvoir mongol de combattre les Ming renonce finalement à pénétrer en territoire chinois et revient sur la capitale Kaesong. Il prend le pouvoir en 1392, fonde le royaume de Choson, reconnu par les Ming et transfère la capitale à Séoul. Un système d'écriture original à la fois alphabétique et syllabique, le hangul est mis en usage dès 1446 et adopté, d'abord par les poètes puis par les romanciers. La pensée philosophique du royaume de Choson est dominée par le néo-confucianisme. Un des aspects principaux de ce système consiste à diviser toute chose ou existence en deux principes inséparables et interdépendants le li ou ordre, et le qi ou mouvement nécessaire à la concrétisation de l'ordre. La philosophie néo-confucianiste s'entoure de tout un système de rites et de cérémonies et exerce une grande influence sur les conceptions musicales de ce temps : «Â La musique naît dans le néant originel et se développe dans la nature. Elle est donc cause d'une émotion profonde dans le c¦ur de l'homme (mat) ainsi que de la compréhension mutuelle et de la compassion dans son esprit (mot). Elle rend l'univers noble et soumis : tel est le chemin de l'harmonie du yin et du yang » (Le Livre de la Musique, 1492).

Le royaume de Choson (1392-1910) peut être divisé en deux périodes. La première (1392-1593) est celle du perfectionnement de la musique de cour aak qui s'enrichit de tout le répertoire confucéen et se débarrasse peu à peu de ses caractéristiques chinoises (déclin du tangak). La deuxième phase (1593-1910) est marquée par le déclin de la musique de cour aak suite aux invasions japonaises (XVIe) et mandchoues (XVIIe) et par le développement de la musique d'origine roturière sogak : chants lyriques kagok composés sur des poèmes narratifs kasa ou des ballades sijo, chant narratif p'ansori également appelé «Â opéra coréen », improvisation instrumentale sanjo. L'Institut de Musique de Corée compte au XVIIIe siècle 1750 artistes et s'affirme à la fois comme le conservatoire privilégié des formes savantes et le lieu où s'affinent les répertoires dits «Â populaires ». La fin du XIXe siècle est une période de déclin politique marquée par des incidents militaires provoqués par le Japon et les puissances occidentales soucieuses de s'implanter dans la péninsule. La Corée passe en 1910 sous la domination japonaise qu'elle subira jusqu'en 1945.



Genres et répertoires

La musique de cour aak

Le hyangak créé à l'époque du royaume de Silla et restauré sous le royaume de Choson comprend cinq «Â ensembles » dont Sujech'on : la musique des banquets royaux ; la musique pour le sanctuaire des ancêtres royaux ; le yomillak, musique et danse des banquets royaux ; le yongsan hoesang, hymne bouddhique instrumentalisé et le t'aech'wit'a, (litt. «Â souffler » et «Â frapper »), musique militaire accompagnant les processions royales.
Le tangak, répertoire d'origine chinoise, tombé en désuétude, n'est plus joué que par les musiciens de l'Institut National de Musiques Traditionnelles de Séoul. Ce répertoire se caractérise notamment par l'usage des carillons de phonolithes, de cloches et de lames de métal.

La musique sogak

Musiques roturières admises à la cour dans la seconde moitié du royaume de Choson :

  • Le chongak, «Â musique correcte », musique instrumentale destinée aux banquets, est jouée dans un cadre moins prestigieux que la cour et dans un style plus intimiste.
  • Le sanjo est un solo instrumental joué à la cithare (kayageum ou komungo), à la flûte traversière en bambou taegeum ou encore à la vièle haegeum, avec un discret accompagnement de tambour.
  • Le kagok est un chant lyrique, accompagné par un petit ensemble instrumental. Il comprend des ballades sijo, qui traitent de l'amour, de la loyauté, et des kasa, chants narratifs remarquables par l'emploi du falsetto, du vibrato et de bien d'autres ornements vocaux.
  • Le p'ansori parfois surnommé «Â opéra coréen » est un long récit dramatique mi-déclamé mi-chanté par un artiste soliste accompagné au tambour tonneau puk.


Les musiques religieuses

Elles comprennent les répertoires associés aux trois principales religions de Corée : le chamanisme, le bouddhisme, le confucianisme, les musiques confucéennes faisant partie du répertoire de cour aak.

  • Musique bouddhique
    Elle se compose de prières chantées et récitées yombul, des chants sacrés pumpae et des danses de cérémonie chak bop.
  • Musique chamanique
    La musique chamanique par excellence est le sinawi, improvisation collective jouée lors des rituels chamaniques kut. Cette musique a inspiré nombre de formes musicales coréennes : le sanjo, le p'ansori et plus récemment les tambours samul nori.



Instruments de musique

De même qu'en Chine les instruments coréens sont classés selon les matériaux sonores : métal, pierre, soie, bambou, calebasse, terre cuite, cuir et bois. On n'en citera ici que les principaux.

Instruments à cordes : les cithares

  • Kayageum
    C'est sans doute l'un des instruments emblématiques de la Corée. Il passe pour remonter au royaume de Kaya au tout début de notre ère mais aurait été en fait conçu sous le royaume de Silla d'après le modèle du zheng chinois à 16 cordes. Le kayageum est constitué d'une caisse de résonance en bois de paulownia sur laquelle sont tendues 12 cordes en soie. L'accord des cordes s'effectue au moyen de petits chevalets mobiles. Tandis que la main droite pince la corde, les ornements sont exécutés par diverses pressions de la main gauche sur la corde.

  • Komungo
    Cette cithare fut inventée au VIe siècle dans le royaume de Koguryo à partir du qin chinois. Elle est munie de six cordes en soie. Son originalité réside surtout dans la présence de 16 frettes fixées sur la table d'harmonie. On en joue en frappant ou en pinçant les cordes au moyen d'une petite baguette de bois.


Autres instruments à cordes

  • La vièle haegeum
    Cette vièle à deux cordes au son feutré est l'équivalent coréen du huchin chinois introduit vers le XIIe siècle. Elle se compose d'une petite caisse de résonance cylindrique recouverte de peau de serpent et d'un manche dépourvu de touche.


Instruments à vent

  • Les flûtes : taegeum, chung geum, sogeum
    Il s'agit de flûtes traversières en bambou de tailles diverses dont l'origine remonte à l'époque des Trois Royaumes. EIles participent à presque tous les genres de la musique coréenne. L'un des orifices latéraux est recouvert d'une pelure d'oignon qui fait office de mirliton, et donne à l'instrument un timbre cuivré très caractéristique.

  • Hautbois : p'iri
    Le p'iri est un petit hautbois cylindrique d'origine chinoise (guanzi) utilisé dans les musiques d'intérieur (banquets) et de plein air (cérémonies confucéennes). Parmi les instruments à vent coréens on trouve également d'autres hautbois, des flûtes droites à encoche, des orgues-à-bouche, des trompes et des conques.


Instruments à percussion

Les instruments à percussion constituent par leur nombre la plus importante catégorie d'instruments coréens et sont utilisés dans presque tous les genres de musique. Ils comprennent les cliquettes jippak, des carillons de cloches de phonolithes et de lames de métal, des gongs et des cymbales, des râcleurs zoomorphes (tigre eu) et quelque vingt sortes de tambours différents dont les trois principaux sont le changgo, tambour-sablier à deux peaux lacées, le puk, tambour tonneau à deux faces, le chwago tambour cylindrique à deux faces et le sogo, petit tambour à manche et à deux peaux.


Texte de Pierre Bois. Maison des Cultures du Monde.
Extrait du dossier de presse

Article mis en ligne le 28 Septembre 1997


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