"Cambodge et Khmers Rouges" de Méas Pech-Métral et Georges Bogey
jeudi 8 mai 2008 par Emmanuel Deslouis

Il est toujours très éprouvant de lire un témoignage sur la période des Khmers rouges : la violence de ces dirigeants cambodgiens, leur destruction physique et morale d’individus brisés. Mais il est essentiel de se souvenir, de ne jamais oublier qu’un jour des hommes (Pol Pot, Ieng Sary, Khieu Samphan pour n’en citer qu’une poignée) ont décidé de décimer la population cambodgienne pour en faire un "peuple nouveau". Cet ouvrage est donc précieux à plusieurs titres : il nous donne les repères historiques (histoire du Cambodge, les régimes successifs, une chronologie) et une synthèse détaillée sur les dirigeants, la machine khmer rouge, leur stratégie et les causes de leur échec. Mais, et c’est le plus important, en contrepoint de ces données, il les confronte à la mémoire d’une rescapée : Méas Pech-Métral. Adolescente au moment des faits, elle a évidemment été marquée à jamais. Et elle exprime cette douleur inextinguible au travers de poèmes aussi touchants que durs à lire comme cet extrait "Mères qui doivent regarder leurs bébés se faire écarteler, écraser, déchiqueter. Père, mère, grand-père, grand-mère, fils, fille, petit-fils, petite-fille arrosés d’essence et brûlés vifs. Il n’y a pas à imaginer. Il y a la réalité. Il y a la vérité. La réalité". Des poèmes illustrés par ses superbes photos du Cambodge : face à Angkor Vat, Ta Phrom, des visages d’écoliers, des fleurs de frangipaniers... La dernière partie de l’ouvrage est un dialogue entre Georges Bogey et Méas Pech-Métral pour retracer son parcours tortueux du Cambodge à la France, et du khmer au français... Une démarche nécessaire pour retrouver une humanité volée par les Khmers rouges, ceux-là même qui affirmaient "il vaut mieux tuer un innocent que de garder en vie un ennemi". Du passé khmer rouge faisons table rase, mais ne l’oublions jamais !