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Chants Dhrupad

Ustad F. Wasifuddin Dagar

lundi 30 novembre 1998 par Emmanuel Deslouis

Le concert du chanteur de Dhrupad, Ustad F. Wasifuddin Dagar, donné le 24 novembre 1998 au palais de l’UNESCO avait de quoi déconcerter l’auditeur néophyte. Contrairement à la majorité des représentations musicales, le dhrupad ne cherche pas à divertir le spectateur mais à le faire atteindre de hautes sphères spirituelles. Cette musique indienne sacrée, autrefois jouée dans les temples et dont l’origine serait antérieure à l’ère chrétienne, est interprétée d’une manière totalement étrangère à l’auditeur occidental. Un concert Dhrupad se divise ainsi en deux parties de durées inégales : l’alap et le dhrupad. L’alap est la phase d’improvisation durant laquelle le chanteur développe chaque note d’un raga, pièce mélodique indienne. La seconde partie plus brève, le dhrupad, est un poème chantée où la rigueur rythmique est implacable.

Invité par la Dhrupad Society de Paris, Ustad F.Wasifuddin Dagar a pu faire revivre ou découvrir aux spectateurs parisiens une musique d’une rare intensité. Lui-même fils d’un des frères Dagar, chanteurs Dhrupad de renommée mondiale, il était accompagné de Musarat et Qamar Dagar au tanpura (instrument aux allures de sitar qui produit un son de bourdon) et de Parveen Arya au pakhawaj (tambour horizontal). Durant l’alap, il travaille sa voix naturelle pour pouvoir couvrir trois octaves. Seulement accompagné par les tanpura, il ne chante pas un poème mais utilise des syllabes de mantras pour accompagner son chant. L’alap est d’autant plus incroyable que l’on y entend en direct le chanteur préparer sa création musicale. Lentement, Wasifuddin Dagar prépare sa voix. Tantôt étouffée, tantôt claire. Elle passe tour à tour des notes basses aux aigües avec une progression raisonnable. La voix est ainsi sculptée, polie, tandis que les tanpura produisent une nappe musicale de fond. Il prend le temps d’installer sa voix dans chaque tonalité, hauteur, intervalles, timbre, tessiture ; c’est une sorte d’appropriation du lieu musical. Chacune de ses envolées de voix est accompagnée par un geste de ses mains, comme pour maintenir les sons avant de les libérer. Plus l’alap progresse, plus sa voix devient une percussion, plus le rythme s’affirme et la virtuosité s’installe. Les amateurs de musique jazz seraient impressionnés par la richesse et la puissance de ces improvisations. D’ailleurs, avant d’entamer le Dhrupad, le poème, Ustad F.Wasifuddin Dagar précise : « Les sentiments que l’on met dans l’interprétation du chant sont plus importants que les mots eux-mêmes ». Une remarque que ne renieraient pas les plus grands Jazzmen. Le Dhrupad, nettement plus délimité, donne lieu à des phases rythmiques intenses durant lesquelles la voix emporte ou est emportée par la percussion pakhawaj. Puis les deux vont de concert jusqu’à des improvisations paroxystiques avant que la voix ne se radoucisse instantanément et aille de paire avec les deux tanpura immobiles dont les manches se dressent comme les mâts d’un bateau.

Assister à un concert Dhrupad donne tellement d’émotions nouvelles et imprévues qu’on ne peut que regretter la rareté des enregistrements de musique Dhrupad.

Emmanuel Deslouis

Renseignements : Dhrupad Society - tél. : 01 42 01 08 76


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