Dans les jardins d’Ashoka
mercredi 10 février 1999 par Patrick Le Gac
En Inde, un des moyens de communiquer avec le divin réside dans les secrets des théâtres d’ombres, représentations millénaires offertes à l’origine aux seuls dieux dans les temples déserts.
S’appuyant plus particulièrement sur les deux grandes épopées de l’hindouisme, le Mahâbhârata et le Râmayâna, les oeuvres consistent en récits chantés et mis en formes spectaculaires grâce à des silhouettes découpées dans des cuirs de buffle ou de daim, colorées, articulées et animées par les talents du montreur, véritable medium entre les dieux et les humains.

Un des épisodes connu de tous, enfants et adultes, en Inde, appartient au Râmayâna et s’intitule : « L’enlèvement de Sita ». La jeune princesse, épouse de Râma, avatar de Vishnu, séduite par Ravana, le roi-démon à dix têtes de Lanka est emmenée de force jusque dans l’île du tyran amoureux, et séquestrée dans les jardins d’Ashoka, considérés par la terre entière comme un paradis mais qui, pour elle, représentent la violence et la perte de son amour.
De nombreuses scènes se déroulent dans cet endroit magique donnant lieu à des représentations variées selon les différents styles de théâtres d’ombres, ainsi qu’aux personnages mis en présence, tels que Hanuman, le capitaine des singes blancs, allié de Râma et son cousin Sugriva, le capitaine des singes rouges.
Dans ce monde végétal représenté dans sa bi-dimensionnalité sur des peaux de bêtes avec des teintes sourdes et chatoyantes, tous les prodiges peuvent arriver ; les oiseaux parlent, les pierres s’enflamment, la jeune femme résiste à la pression du désir du maître des jardins. Il s’agit d’une des premières représentations d’un Eden pernicieux grâce à des techniques à la fois naïves et sophistiquées. Dans cet enfer de l’autre côté du miroir tout change de sens. Et même si l’amour conjugal triomphe par la victoire de Râma sur celle de Ravana, avec l’aide des armées des singes, il faudra encore à Sita prouver sa « pureté » en se jetant dans un feu. Sortant victorieuse de cette ordalie, elle retrouve son époux et son royaume.
Plusieurs théâtres d’ombres représentent dans des styles différents les épisodes des épopées avec une force et une fraicheur égales. Le Tollu Bomallaata de l’Andhra Pradesh utilise des ombres géantes qui dépassent la taille d’un homme et qui nécessitent parfois trois montreurs pour la manipulation.
Le Togallu Bombeyaata du Karnataka s’appuie sur des ombres hautes de quarante à soixante centimètres. Le Ravana Chaya (ou ombre de Ravana), possède des ombres presque opaques, en cuir de buffle épais et quasi immobiles qui accompagnent les récits-prières de conteurs-ritualistes. Les figurines présentées sur des étoffes de coton pourront être vues de deux façons, concrétisant toutes les deux les possibles visions des spectateurs indiens ; sur le côté de la transparence et sur le côté de la lumière projetée par les lampes à huile.
Françoise Gründ
Maison des Cultures du Monde
Extrait du dossier de presse.
Paru à l’occasion de l’exposition « Dans les jardins d’Ashoka » - Figurines des théâtres d’ombres de l’Inde au Parc de Bagatelle du 19 février au 28 mars 1999.
Avec l’aimable autorisation de la Maison des Cultures du Monde.
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