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Danses de cour et Kumiodori d’Okinawa

par les artistes de l’Association de la Culture d’Okinawa

mercredi 14 avril 1999 par Emmanuel Deslouis

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Affiche
Les acteurs de l’Association de la Culture d’Okinawa jouent les danses et le théâtre de cour d’Okinawa.

Les amateurs français de « planches » nippones connaissent le Nô et le Kabuki, mais il est plus improbable qu’ils connaissent le théâtre de cour, Kumiodori, de l’île Okinawa. Cet art n’a en effet jamais été présenté dans l’Hexagone. La Maison des cultures du monde fait acte de pionnier en présentant les arts de cour d’Okinawa, danses (haodori) et théâtre (kumiodori). Développés dès le XVIIIe siècle, ils étaient donnés en représentation à chaque intronisation d’un roi de la dynastie Ryukyu en présence d’un représentant officiel chinois.

Le spectacle s’est ouvert sur la « danse des garçons », aujourd’hui interprétée par deux femmes. Leurs mouvements très mécaniques sont servis par une musique lente accompagnée de chants à plusieurs. Un éventail à la main, elles décrivent des figures qui pourraient être celles d’arts martiaux, confinées dans un espace invisible. Jadis exécutée par des adolescents, cette danse symbolise la confiance en l’avenir. Un passage en douceur à l’âge adulte.  

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Nufa bushi
Le « nufa bushi » est une des sept danses classiques de femmes, il décrit la multitude d’émotions féminines.

Trois des « sept danses classiques de femmes » complètent cette première partie. La première danse figure le filage des vêtements que les femmes tissaient autrefois pour leur famille. La danseuse répète ces gestes de filage une bobine multicolore à la main et se déplace en pivotant doucement. L’art suprême de ces classiques est « Shudun », une danse qui montre une femme amoureuse angoissée par la course du temps. Suprême ? Elle requiert une grande économie de moyens, c’est sa subtilité qui en fait la grandeur. Le jeu de l’actrice est extrêmement lent : les bras le long du corps, ses pieds glissent nonchalamment sur le sol, le visage impassible, la tête dodeline parfois. Au rythme des voix qui varient, s’altèrent et oscillent autour des tons, ses bras décrivent ensuite des mouvements circulaires, la figure des « mains qui embrassent ». Lorsqu’elle tourne le dos à la scène, son bras cesse de la protéger et revient le long du corps. Son dépit amoureux s’exprime enfin par de discrets mouvements de ses yeux.

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Deux actrices exécutent des danses de garçons qui expriment la confiance dans le futur.

Une dernière danse évoque les émotions féminines avant que ne soit jouée la pièce de théâtre kumiodori, « Nido Tekiuchi », tirée de la soixantaine de titres que compte ce type de théâtre. Créée en 1719, cette pièce conte la vengeance de deux frères qui assassinent le seigneur qui a provoqué la mort de leur père. Les tirades se font sur le mode de la déclamation, très emphatiques, appuyées par le tambour, avec quelques variations tonales. Aux fins de syllabes, la voix des chanteurs chute, elle n’est ni tenue ni coupée nette. Chaque scène offre plusieurs poses des acteurs qui sont autant de tableaux. Pendant que l’ensemble instrumental joue et chante une phrase récurrente, la scène s’immobilise en un tableau figé. Des passages de la pièce sont plus humoristiques, les acteurs y forcent le trait de manière grotesque. A la fin de la représentation, on ne regrette pas d’avoir été convié à un spectacle tel qu’en voyaient les dignitaires chinois du XVIIIe siècle.

Emmanuel Deslouis

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