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Entretien avec Corona D. Dolot, photographe philippine

Un modèle de photographe engagée

mardi 20 décembre 2005 par Emmanuel Deslouis

Corona D. Dolot est une photographe philippine invitée dans le cadre du « Asia-Europe Forum For Young Photographers 2005 », organisé par la Fondation Europe-Asie, la MEP, l’AFAA et soutenu par la ville de Paris et Paris Photo. Pour elle, la photographie est un véritable engagement politique.
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Corona D. Dolot

Eurasie : Sur quel thème travaillez-vous actuellement ?

Corona D. Dolot : Je me concentre sur des projets avec des ONG sur les thèmes du travail social et du développement. Je travaille depuis plus d’un an avec l’organisation Sinagbayan (cela signifie "l’art pour les gens"). Nous utilisons l’art (spectacles de rue, danse, poésie, arts visuels et photographie) pour communiquer. Mais aussi pour éveiller la conscience sociale et politique des gens. On cherche aussi à attirer la sympathie des ONG locales et étrangères pour qu’elles soient solidaires de nos combats. En effet, les Philippins ont besoin de toute urgence d’un tel soutien.

Eurasie : Qu’est-ce qu’une photo réussie ?

Corona D. Dolot : Une photo qui arrive à émouvoir et à influencer les gens.

Eurasie : Qu’est-ce qu’une photo ratée ?

Corona D. Dolot : Une photo qui n’est pas partagée, et du coup qui ne peut pas communiquer son message.

Eurasie : Est-ce que le lieu où vous vivez vous influence fortement ?

Corona D. Dolot : Oui. Ce qui m’influence le plus dans mon travail, c’est la situation sociale et politique de mon pays.

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Manifestation d’ADIOS
A.D.I.O.S. (Artists for Democracy for the Immediate Ouster of President Gloria Macapagal-Arroyo) est composé d’artistes engagés contre la politique de la présidente philippine Gloria Arroyo.

Eurasie : Vous participez au forum Asie-Europe. Y a-t-il un photographe européen dont vous admirez le travail ? Et un Asiatique ?

Corona D. Dolot : Nous admirons tous Henri Cartier-Bresson comme photojournaliste. Tout comme lui, je préfère travailler sur ce qu’on ne voit pas, les choses "invisibles". Ainsi je veux montrer la situation réelle aux Philippines. Dans quel but ? Défendre la démocratie. J’admire aussi tous les Philippins, impliqués dans le photojournalisme ou la photographie documentaire, et qui ont le courage d’oser montrer la réalité. Et spécialement ceux qui sont vigilants, intéréssés et impliqués dans l’aide aux ONG et à la population.

Eurasie : Si vous deviez parler de votre pays en ne montrant qu’une image, laquelle choisiriez-vous ?

Corona D. Dolot : Durant ma participation au forum, j’ai montré une exposition de photos que j’avais organisé pour l’UNICEF sur les enfants en prison par le photographe Alex Baluyut, avec qui j’ai travaillé. Ces photos d’enfants derrière les barreaux en disent beaucoup sur la situation politique et sociale de mon pays. Comme ces enfants, la plupart des autres prisonniers ont été injustement emprisonnés. Victimes de la corruption et de la manipulation. Malgré cette situation déséspérante, et le peu de moyens dont nous disposons face à cela, nous continuons à combattre et à éduquer les gens pour qu’ils ne se laissent plus avoir.

Eurasie : Y a-t-il beaucoup de photographes aux Philippines ?

Corona D. Dolot : Oui, le nombre de photographes a énormément augmenté, et encore plus rapidement depuis que les "gadgets" numériques ont été mis sur le marché.

Eurasie : La photographie est-elle considérée comme un art aux Philippines ?

Corona D. Dolot : La photo comme art a toujours existé. D’ailleurs, de plus en plus de Philippins la considèrent comme telle. Mais pour qu’elle soit considérée ainsi par la majorité, il y a une urgente nécessité d’écrire une "histoire de la photographie aux Philippines". Elle n’a pas encore été rédigée, ce qui serait pourtant essentiel pour établir ses fondations. Un besoin d’autant plus urgent que le nombre de photographes augmente rapidement.

Eurasie : Comment avez-vous décidé de devenir photographe ?

Corona D. Dolot : Cela a commencé comme un hobby. J’ai appris les bases dans un cours de beaux arts à l’université. Puis j’ai travaillé commencé à travailler en imitant le travail des autres photographes. Pour financer mon travail documentaire, je continue à faire de la photographie « alimentaire ». Mes documentaires sont ma priorité avec mes photos d’enfants en prison.

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis


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