Entretien avec Luc Mensah
mardi 25 décembre 2007 par Emmanuel Deslouis

- Hey Puthong
Eurasie : Comment avez-vous découvert la boxe khmère, le Kun Khmer ?
Luc Mensah : Grâce à un ami boxeur, Jean-Charles Skarbowsky. J’allais le voir très souvent dans son camp d’entraînement en Thaïlande. Lors d’un séjour en 2002, je vois chez lui dans un magazine, un homme impressionnant. Un gars avec un énorme tatouage sur le torse, le regard presque vide. Il m’a dit qu’il s’agissait de Hey Puthong, un champion de Kun Khmer, qui a remporté plus de 186 combats sur 200. C’est d’ailleurs son premier combat contre Hey PUTHONG où il a pris de mauvaises blessures à la tête (coups de coudes) qui est à l’origine des tatouages de JC SKARBOWSKY !
Eurasie : Quels points différencient le Kun Khmer de la boxe thaï ? Luc Mensah : Le Kun Khmer est beaucoup moins tactique, la recherche immédiate d’efficacité est flagrante. Ses boxeurs utilisent beaucoup les coups de coude, notamment en combat rapproché. Les coups sautés, genoux et coudes, sont beaucoup plus pratiqués qu’en boxe thaï. Ils cognent du début jusqu’à la fin, je pense que ça tient au fait que les parieurs beaucoup moins nombreux qu’en Thaïlande. Les enchères ne déterminent pas donc pas le rythme des combats.
Eurasie : Pourquoi vous êtes-vous cette année particulièrement intéressé à cette boxe ?
Luc Mensah : Du fait de Philippe Sébire, qui a organisé au début 2007 un stage de boxe au Cambodge. Il est revenu complètement emballé par le Kun Khmer, et surtout par le grand boxeur Hey PUTHONG, qu’il a rencontré à Phnom Penh. Nous avons donc décidé de faire venir ce boxeur dans un gala en France au mois de juin 2007. Ainsi qu’un autre compatriote Meas Chanta.
Eurasie : Ce gala a été une réussite ?
Luc Mensah : Plutôt ! Sur les 5000 spectateurs, il y avait 2500 Cambodgiens. Vous vous rendez compte ? Deux boxeurs sur les 10 que comptait le gala ont fait venir la moitié du public !
Eurasie : Quel type de public ?
Luc Mensah : Un public familial. Très différent du public, jeune et masculin, qu’attire la boxe thaï. Pour eux, la boxe n’est pas un sport mais une partie de la culture. Cet enthousiasme pour la boxe khmère nous a poussé à créer une commission de Kun Khmer au sein de la Fédération de Boxe Thaï Muay Thaï et Disciplines associées (FBTMTDA).
Eurasie : Une commission fédérale dont vous êtes le président ?
Luc Mensah : Oui, depuis sa création en septembre 2007.
Eurasie : Comment voyez-vous l’évolution de cette commission ?
Luc Mensah : Je voudrais mettre à contribution les Cambodgiens, les anciens boxeurs. En leur faisant passer une formation académique pour qu’ils puissent ouvrir chacun une école. Nous leur en avons déjà parlé… Beaucoup n’osaient penser qu’ils pourraient être professeurs. Mais c’est leur enthousiasme, leur attachement à cette boxe qui nous a poussé à créer cette commission.
Eurasie : Vous prévoyez déjà des championnats ?
Luc Mensah : Oui. Nous allons faire venir en France des boxeurs cambodgiens à la fin du premier trimestre 2008. Puis au début de l’été, on organisera un déplacement français au Cambodge.
Eurasie : Votre fédération de Kun Khmer est-elle reconnue au Cambodge ?
Luc Mensah : C’est en cours. Je reviens tout juste du Cambodge où j’ai rencontré des généraux, responsables des sports. Pour que notre fédération soit reconnue au niveau international dans la Fédération Internationale de Kun Khmer. Je pense que nous arriverons à un accord signé au début 2008. Notre objectif : mettre en place une ceinture qui sera remportée dans le cadre d’un championnat.
Eurasie : Y a-t-il des points sur lesquels les Cambodgiens ne voulaient pas transiger ?
Luc Mensah : Ils ont insisté pour que l’on autorise les coups de coude, afin de conserver la spécificité du Kun Khmer. On a accepté mais avec des coudières dont la conception a beaucoup évolué depuis deux ans. On leur a expliqué que si des jeunes revenaient des matchs avec des blessures, cela donnerait une très mauvaise image du Kun Khmer. D’autant plus que nous avons aussi des filles dans nos fédérations. On ne peut pas imaginer un visage défiguré par les coups de coude. Ils ont donc accepté les coudières.
Propos recueillis par Emmanuel Deslouis
Emmanuel Deslouis
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