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Entretien avec Satoshi Kon, réalisateur de films d’animation

Montreur d’âmes

vendredi 20 octobre 2006 par Emmanuel Deslouis

Très remarqué depuis son premier long métrage Perfect blue, le réalisateur japonais Satoshi Kon nous offre une dernière œuvre époustouflante « Paprika » dont la sortie est prévue le 6 décembre 2006. Il joue du rêve, des obsessions des gens, et arrive à les représenter avec une virtuosité encore inégalée dans l’animation. Il nous livre quelques secrets de fabrication.

Eurasie : Votre langage visuel, le découpage de vos films est extrêmement cinématographique. Avez-vous jamais pensé à explorer la voie « live » comme a pu le faire Mamoru Oshii avec « Avalon » ?

Satoshi Kon : Je ne sais pas combien de journalistes m’ont posé cette question ! (rires) Mais je n’en ai aucune envie. Pourtant on me l’a proposé plusieurs fois. Sincérement je ne pense pas devenir un réalisateur de films classiques.

Eurasie : Pourquoi ?

Satoshi Kon : Cela fait vingt ans que je travaille en dessinant... allez, quarante ans si on y ajoute mon enfance. C’est mon mode d’expression, je ne sais que dessiner. Par ailleurs, je suis très influencé par la musique que j’écoute. D’ailleurs, dans mon prochain film, la musique sera centrale, même si ce n’est pas un film musical.

Eurasie : On sent dans « Paprika » une totale évasion, un délire visuel, de couleurs, un enchaînement de scènes qui font penser à une improvisation de free jazz. Cela vous démarque vraiment de vos précédents films plus ancrés dans la réalité.

Satoshi Kon : Cela me fait plaisir que vous fassiez cette comparaison avec la musique. Car j’ai travaillé dans cet état d’esprit. Cela a été rendu possible grâce au thème du film qui est le rêve. Ceci dit, cela a épuisé mon imagination. J’étais épuisé à la fin de la conception. Paprika était épuisant mais passionnant. Pour mon prochain film, je veux trouver une voie médiane, trouver un équilibre. Moins fatiguant !

Eurasie : Pour dessiner le défilé d’objets, de buildings, de poupées dans le cauchemar d’un personnage de Paprika, vous êtes-vous inspiré des parades de Yokai (esprits) ?

Satoshi Kon : Non, pas du tout. En fait, je voulais que le spectateur comprenne immédiatement qu’on est dans un rêve. En général, pour le savoir, on doit connaître l’histoire d’une personne, le contexte de l’histoire... Pour simplifier le message, j’ai mis dans la parade tous les objets que les gens rejettent (jouets, électroménager...). En effet, les hommes ont tendance à oublier tout ce que les rêves leur apportent. On a trop oublié la part d’imagination dans la vie réelle.

Eurasie : Vous avez utilisé des images de synthèse dans « Paprika » ?

Satoshi Kon : Oui, pour la conception, la mise en scène. Mais j’ai tout fait ensuite pour les masquer !

Eurasie : Comment avez-vous réussi à gérer les passages entre le rêve et la réalité tout en restant clair ? L’exercice en aurait perdu plus d’un, mais vous réussissez à ne pas perdre le spectateur.

Satoshi Kon : Tellement de gens m’ont dit qu’ils étaient perdus que je suis content que vous ayez compris ! Dès le début, je me suis dit qu’il était essentiel que le spectateur sache où il était. D’ailleurs, j’ai déjà utilisé ce procédé pour « Perfect Blue » et « Millenium Actress ». Dans la dernière partie de « Paprika », tout le monde est peu perdu mais ce n’est pas vraiment grave.

Eurasie : Comment en êtes-vous venu à adapter Paprika, l’œuvre de Yasutaka Tsutsui, un célèbre auteur de science fiction japonais ?

Satoshi Kon : J’admire cet auteur depuis que je suis lycéen, j’ai toujours été un grand fan de lui ! Imaginez ma joie quand ce maître m’a proposé d’adapter « Paprika ». Il m’a laissé une liberté totale, il n’est jamais intervenu pendant la réalisation.

Eurasie : J’ai été surpris que Paprika s’adresse aussi bien à un public ado qu’adulte. Une évolution par rapport à vos précédents films plus adultes ?

Satoshi Kon : Je ne suis pas sûr que les enfants puissent voir Paprika ! (rires) Ceci dit, je voulais changer mon image et faire un vrai film d’animation pour un plus large public. En fait, votre opinion sur ce film est celle que j’espérais depuis sa mise en chantier. Vous êtes mon spectateur idéal ! (rires)

Eurasie : Dans quelle direction aimeriez-vous évoluer ?

Satoshi Kon : J’aimerais beaucoup faire un jidai-geki, un film historique. Mais cela va me demander beaucoup de recherches et de connaissances.

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis et Jean-Noël Nicolau

Filmographie

Perfect blue (1998)

Millennium actress (2001)

Tokyo godfather (2003)

Paranoïa agent (2004)

Paprika (2006)


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