Entretien avec Vivid Noor Savitri, photographe australo néerlando indonésienne
mercredi 30 novembre 2005 par Emmanuel Deslouis

- Vivid Noor Savitri
Eurasie : Sur quel thème travaillez-vous actuellement ?
Vivid Noor Savitri : Le projet que j’ai présenté à Paris s’intitule « La vie en 15 tableaux ». Je raconte la vie qui évolue le long d’un « mur ». Je me concentre sur l’Asie et l’Europe. J’ai commencé le projet en Chine, à Pékin, au début 2005. En compagnie de deux amis photographes de Paris, nous avons décidé d’inviter d’autres personnes à rejoindre le projet. Le but : photographier l’histoire de la vie, des gens, de ce qu’ils font à un endroit précis (dans ce cas , un mur). Le plus amusant : vous ne savez pas à quoi vous attendre, chaque lieu, chaque jour, chaque pays amène une histoire unique, mais il semble qu’il y a un fil qui relie toutes ces images. Des petites choses de la vie qui nous échappent souvent. Une réflexion sur ce qu’est la vie quand nous prenons le temps de l’observer calmement.
Eurasie : D’autres projets ?
Mon second projet est une esquisse sur les gens et la vie à Shanghaï. Il est réalisé au polaroïd, au Lomo et au stylo. Son but : dépeindre toutes les particularités du quotidien à Shanghaï. C’est d’autant plus difficile que je comprends à peine le chinois, que les coutumes et traditions m’échappent en grande partie. Ce projet à long terme a débuté en 2005 et va se prolonger encore deux ans. Pour observer les métamorphoses de Shanghaï. Mon troisième projet : un documentaire en Chine sur la scène musicale underground et la culture des jeunes en Chine.

- © Vivid Noor Savitri
- Une des photos prises à Pékin du projet « La vie en 15 tableaux » de Vivid Noor Savitri.
Eurasie : Qu’est-ce qu’une photo réussie ?
Vivid Noor Savitri : Lorsque j’en suis satisfaite, ce qui n’arrive pas souvent. Je suis mon plus dur critique. J’ai rarement pris une photo juste pour la prendre. Comme je suis « designer » avant d’être photographe, j’ai toujours en tête un usage spécifique pour mes photos. Généralement, elle est réussie si elle arrive à provoquer une réaction chez le spectateur, qu’elle soit négative ou positive. Je n’ai jamais aimé les commentaires vaseux. Il n’y a rien de pire que cela.
Eurasie : Qu’est-ce qu’une photo ratée ?
Vivid Noor Savitri : Quand je suis mécontente d’une photo ou quand les gens le voient, et que l’image ne provoque qu’une réponse polie. Je le répète, je ne prends pas des photos pour faire plaisir aux gens. Je me préoccupe rarement de ce que les gens pensent de mes photos, étant donné que je me considère d’abord comme designer avant d’être photographe.
Eurasie : Est-ce que le lieu où vous vivez vous influence fortement ?
Vivid Noor Savitri : Absolument. J’ai toujours choisi où je voulais vivre. Dès qu’un lieu ne présentait plus d’intérêt, incapable de réveiller mon inspiration ou de piquer ma curiosité, alors, c’était le moment de déménager. Vivre en Chine est, de loin, l’expérience la plus étonnante que j’ai eu jusqu’à présent. Pourtant, j’ai déjà vécu au Japon, en Indonésie et à Singapour. Jamais un lieu n’a autant retenu mon attention. Je suis tombée accro. Et pourtant, ça a été long, une véritable torture ! J’ai détesté la Chine dès le départ. J’y suis venu en n’en attendant rien et en espérant le pire. Puis, lentement la vie en Chine s’est ouverte devant mes yeux, c’est tout sauf ennuyeux. La vie quotidienne dans les rues est comme un théâtre où tout le monde pourrait participer, par choix ou par la force des choses. Le dicton « il y a de la beauté dans le chaos » ne s’est jamais mieux appliqué qu’à la Chine. C’est affreux et magnifique à la fois.
Eurasie : Vous participez au forum Asie-Europe. Y a-t-il un photographe européen dont vous admirez le travail ? Et un Asiatique ?
Vivid Noor Savitri : J’ai été très inspirée par les travaux de Henri Cartier -Bresson et Sebastiao Salgado. La façon dont ils captent la vie et les gens me touchent au plus profond de moi-même.
Eurasie : Si vous deviez parler de votre pays en ne montrant qu’une image, laquelle choisiriez-vous ?
Vivid Noor Savitri : Hmm... Pas facile ! Etant donné que je suis née et ai grandi en Australie, avec des origines néerlando-indonésienne, et que je me sens chez moi dans chacun de ces pays. Pour l’Australie, ce serait une image de l’aube à Ulurdu (Ayers Rock), qui représente le lieu le plus sacré pour les Aborigènes, dont la vie a été marginalisée par la force au nom de la modernisation. Pour l’Indonésie, ce serait une photo d’enfants souriants puisque nous sommes des gens amicaux et souriants.
Eurasie : La photographie est-elle considérée comme un art en Australie et en Indonésie ?
Vivid Noor Savitri : Oui. Mais peut être davantage en Australie.
Eurasie : Comment avez-vous décidé de devenir photographe ?
Vivid Noor Savitri : Cela s’est imposé de manière logique. Je suis conceptrice graphique et web, les photos font partie intégrante de la plupart de mes conceptions. Puisque je voulais avoir davantage de contrôle sur mes conceptions, j’ai choisi de prendre aussi les photos.
Propos recueillis par Emmanuel Deslouis
Emmanuel Deslouis
Articles de cet auteur
Droits d’auteur - copyright
fr
Passionnés d’Asie
Interviews
?