« Inde, bijoux en or »
vendredi 26 novembre 2004 par Patrick Le Gac

- © photo Studio Ferrazzini-Boucher
Bracelets du Tamil Nadu, boucles d’oreille de Kerala, colliers de Rajasthan, pendentifs de Coorg..., d’or, d’argent et de corail, ornés de somptueux rubis, émeraudes et diamants d’un rare raffinement composent ce trésor daté de la fin du XVIIIe au début du XXe siècles. Cette collection de bijoux indiens témoigne bien de la continuité d’une tradition et de son évolution sur plusieurs milliers d’années.
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En Inde, d’antiques statues de pierre montrent des personnages couverts de bijoux et l’hindouisme est à l’origine d’un usage frénétique de l’or et de l’argent. Ces objets précieux jouent un rôle : ils permettent d’identifier le statut social de chacun. C’était la coutume, chez les hommes comme chez les femmes et les enfants, riches ou pauvres, sans distinction de caste d’arborer des objets ornementaux lors de cérémonies civiles ou religieuses. Pour les souverains, pierres précieuses et bijoux servaient à affirmer pouvoir et prestige. Pour la femme indienne, les bijoux constituaient une garantie financière - stridhan - qui lui était offerte au moment de son mariage et dont elle pouvait jouir en cas de besoin.
Dans cette civilisation où l’art exprime le sacré, les bijoux n’étaient pas uniquement des objets décoratifs. La croyance selon laquelle l’or et les pierres précieuses possédaient des vertus pour soigner ou conjurer le mauvais sort était profondément enracinée dans la psyché indienne.
Grâce à la relation de confiance établie entre Monique Rey-Delqué, directeur de l’Ensemble Conventuel des Jacobins et Jean-Paul Barbier-Mueller, le public français a pu découvrir différents pans de cette collection connue pour être la plus importante au monde dans le domaine des arts primitifs. Ainsi, en 2002 une exposition fut consacrée aux « Arts précolombiens d’Amérique Centrale » et en 2001 aux « Sièges d’Afrique Noire ».
Restituer l’art et la beauté de notre passé, telle est la mission souhaitée par l’Ensemble Conventuel des Jacobins. L’intelligence des scénographies et l’édition de catalogues de référence qui donnent des clés de lecture tant sur notre patrimoine que sur celui d’autres civilisations, lui ont permis de conquérir un large public de fidèles. Cette fois, l’Ensemble Conventuel des Jacobins de Toulouse lui ouvre ses portes pour partager l’émotion de la découverte du faste de l’Inde.
La collection de bijoux indiens Barbier-Mueller s’est constituée au cours du xx siècle. Ses pièces proviennent essentiellement du sud de l’Inde, c’est-à-dire de l’immense région située au sud des monts Vindhya entre la côte occidentale de Malabar et la côte orientale de Coromandel. Dans l’Inde antique, cette région était un lieu d’une grande richesse avec son or, ses diamants, béryls, rubis et perles. Des négociants en gemmes et des aventuriers du monde entier affluaient sur les grands bazars, en quête du métal jaune, de pierres précieuses et de diamants provenant des fameuses mines de Golconde. Dans le domaine de la bijouterie, à l’évidence, le mouvement migratoire incessant de populations à travers la région au cours des siècles s’est traduit par l’émergence d’innombrables influences et d’un échange de motifs et de techniques.
En Inde, les bijoux constituaient la fortune personnelle et indiquaient la position sociale de leur détenteur.
C’était la coutume, chez les hommes comme chez les femmes et les enfants, d’arborer des objets ornementaux.
Pour les souverains, pierres précieuses et bijoux servaient à affirmer pouvoir et prestige. Pour la femme indienne, les bijoux constituaient une garantie financière stridhana- qui lui était offerte au moment de son mariage et qu’elle pouvait monnayer en cas de besoin. Les bijoux ne sont pas uniquement des objets décoratifs ; ce sont aussi des amulettes.
La croyance selon laquelle l’or et les pierres précieuses possèdent des vertus prophylactiques et apotropaïques était profondément enracinée dans la psyché indienne. On affichait d’ailleurs ses gemmes ornements pour se prémunir contre le mal et exploiter l’influence bénéfique des planètes.
En Inde, la vocation du bijou n’est pas uniquement d’embellir le corps. L’objet précieux est une icône associée à presque tous les aspects de la personnalité d’un individu : position sociale, caste, communauté ou religion. Tout ce qui compose la parure, le métal, le dessin, le décor ainsi que les pierres, se mêle pour inventer un riche langage symbolique dont les origines remontent à d’anciennes croyances spirituelles. Il suffit qu’une pièce ornementale soit portée pour qu’immédiatement une association d’idées se produise ; un observateur fera, au sein de différents milieux culturels, des rapprochements entre le bijou et le symbolisme inhérent à chaque pièce. Par exemple, le fait d’introduire le symbole du serpent accorderait fertilité et protection ; les colliers en forme de boutons de jasmin doteraient celles qui les portent de beauté et de grâce.

- © photo Studio Ferrazzini-Boucher
Les bijoux Barbier-Mueller en or, que l’on peut dater de la fin du XVIIIè siècle au début du XXè siècle, ont des lignes et des formes où complexité, finesse et magnificence se mêlent pour révéler tant la sensibilité esthétique de l’orfèvre indien que la technicité de ses compétences. Dans les textes anciens de l’Inde, les Veda, il est dit qu’en portant de l’or en offrande, on se voit accorder la sécurité matérielle et la vie éternelle. Depuis des temps immémoriaux, les Indiens considèrent l’or comme un métal indestructible doté de propriétés multiples et dont l’utilité ne se limite pas à la fabrication de bijoux. En raison de sa couleur et de son inaltérabilité, l’or symbolise le soleil. On associe également l’or à la déesse de la richesse, Lakshmi. Le métal précieux était convoité par tous, riches ou pauvres, quelles que soient leur classe sociale et leur caste. Même les plus démunis se devaient de posséder une petite quantité d’or, comme de simples boucles d’oreilles, un modeste bracelet, une amulette ou encore un collier de mariage. Aujourd’hui encore, les hindous respectueux de la tradition placent un petit peu d’or dans la bouche des défunts, en guise de symbole de l’immortalité de l’âme puis comme rétribution à Yama, dieu des morts, pour le passage de l’âme du défunt dans l’autre monde.
L’histoire et la littérature indiennes foisonnent de descriptions de bijoux et de pierres précieuses ainsi que de références à la richesse des souverains.
Sur les lieux saints du sud de l’Inde, d’énormes quantités de bijoux étaient offertes par les rois, les reines et les nobles en signe d’actions de grâce et de commémoration de victoires guerrières. On assiste au déploiement de telles richesses lors de fêtes annuelles où les déités richement parées, sortent du temple pour prendre part aux processions et s’exposer à la vue de tous.
Les œuvres présentées à l’Ensemble Conventuel de Jacobins, couronne, colliers, ornements de bras ou d’oreille, parure de cheveux tressés..., par leur beauté épurée ou leur magnificence, témoignent bien de la continuité d’une tradition fortement ancrée dans l’âme indienne et de son évolution sur plusieurs milliers d’années.

- © photo Studio Ferrazzini-Boucher
L’art des bijoux en Inde
C’est à la découverte des fastes de l’orfèvrerie indienne que vous convie aujourd’hui l’Ensemble Conventuel des Jacobins de Toulouse, qui a en effet le privilège d’être, avec l’exposition « Inde. Bijoux en or des collections du musée Barbier-Mueller », le tout premier lieu en France à révéler l’intégralité de ce trésor, daté de la fin du XVIIIè au XXè siècles, parfaitement évocateur d’une production artistique plusieurs fois millénaire dont la statuaire et les représentations figurées témoignent à toutes époques, du raffinement.
Dans la civilisation indienne où l’art exprime le sacré, les bijoux sont loin d’être de simples ornements. Ils permettent d’identifier le statut social de chacun mais sont aussi le signe d’appartenance à une caste ou une religion. On leur prête, même, des vertus prophylactiques et apotropaïques.
Dès 2700-2000 ans avant J.C, lors de la civilisation de la vallée de l’Indus, la célèbre figurine de Mohenjo Daro, richement parée, atteste déjà de ce goût prononcé pour les belles parures.
Sous les Maurya, l’art de l’orfèvrerie se développe grâce à la stabilité politique que connaît alors l’Inde, stabilité génératrice de prospérité et d’abondance. Les témoignages des voyageurs qui visitent le pays à cette époque, s’enthousiasment devant l’opulence du peuple indien et devant la profusion et la richesse de leurs ornements. Cet engouement ne se dément pas sous les dynasties suivantes. L’art de la joaillerie atteint son apogée sous le règne des Gupta avec l’introduction de nouveaux motifs et la mode d’enchasser des pierres chatoyantes sur un support en or. Il jouit des mêmes faveurs pendant les périodes suivantes, plus particulièrement sous l’ère Chola (IXè-Xè siècles) où les orfèvres et les joailliers affirment leur talent par l’immense variété de leurs styles.
L’arrivée des musulmans entraîne de grandes perturbations politiques et des troubles sociaux. L’art de l’Inde en souffre malgré quelques îlots de résistance. Les envahisseurs, notamment sur le plateau du Deccan, imposent un style nouveau et des décors différents à l’orfèvrerie traditionnelle indienne qui sait toutefois s’enrichir de ces nouveaux apports.

- © photo Studio Ferrazzini-Boucher
Après la prise du pouvoir par les Moghols, au XVIè siècle, s’ouvre une ère de stabilité propice à la création artistique dans tous les domaines, en particulier dans celui de la joaillerie. L’immense variété des formes des époques précédentes s’étant perpétuée, les Moghols savent y apporter la perfection, tant dans l’élégance des motifs, l’incrustation des fils de métal que dans les décors émaillés aux vives couleurs et le sertissage de gemmes précieuses.
La collection de bijoux du musée Barbier-Mueller, couronnes, colliers, bracelets, ornements de bras ou d’oreilles, parure de cheveux en forme de tresse, peignes, pendentifs...pour l’essentiel proviennent du Tamil Nadu, du Kerala mais aussi du Rajasthan et d’Inde du Nord. Leur beauté épurée ou leur magnificence et la féerie de leurs matériaux témoignent de la continuité d’une tradition fortement ancrée dans l’âme indienne et de son évolution sur plusieurs milliers d’années.
Cet article a été publié à l’occasion de l’exposition « Bijoux en or de l’Inde » du Musée Barbier-Mueller à l’Ensemble Conventuel des Jacobins de Toulouse, du 26 novembre 2004 au 29 mars 2005. Toulouse a eu, en effet, le privilège d’être le tout premier site de France à révéler l’intégralité de cette magnifique collection de pièces évocatrices d’un art millénaire.
Site web : http://www.jacobins.mairie-toulouse.fr
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