Kathakali
dimanche 6 février 2000 par Patrick Le Gac
Dans les temps anciens, vers notre XVIIe siècle, s’inventa une forme de théâtre musical merveilleuse : le Kathakali. Cela se passait et se passe encore, dans un pays quasi fantasmatique, l’Inde. Pendant quelques siècles, le Kathakali s’est cantonné aux abords des temples où, du crépuscule à l’aube, il déroulait la magie de ses contes et légendes, les aventures des dieux et des démons, des héros et des méchants, ses histoires d’amour et de guerre, quelque chose comme une chanson de Roland mâtinée Chevaliers de la table ronde.
Lorsque l’Inde est devenue indépendante et que les progrès de l’aviation ont aboli les distances, le Katakhali a voyagé. A leur tour les Occidentaux ont eu le loisir de se laisser envoûter par le rythme des percussions, par l’enroulement des voix autour d’images proprement féériques. Maquillages et costumes métamorphosent les hommes, normalement les femmes sont interdites de Kathakali, en personnages hybrides, en créatures d’un autre monde, chimériques insectes étincelants aux étranges visages verts ou noirs, selon qu’ils représentent la pureté ou la brutalité. Chaque couleur, chaque pièce de vêtement, chaque mouvement aussi possède sa symbolique. Pareils à des hiéroglyphes vivants, les corps des acteurs-danseurs, accompagnés par deux musiciens et deux chanteurs, écrivent dans l’espace les merveilleuses péripéties de l’inépuisable mythologie indienne.
Sans doute, rares sont les Européens capables de suivre une représentation de Kathakali avec la même précision qu’un Indien. Mais les pantomimes dansées composent un langage de signes qui suivent de près l’action et sont tout à fait explicites. Et puis, est-il vraiment indispensable de connaître le nom des mille et mille combinaisons de couleurs, de mimiques, d’attitudes, de gestes qui racontent l’intrigue ? L’ignorance, parfois, peut devenir un atout, une façon de s’ouvrir sans à priori à la grâce des ìillades, des mains pareilles à des oiseaux, des pieds nus encerclés d’or qui frappent sèchement le sol, de s’ouvrir sans réticence au charme et à la violence d’un art infiniment subtil qui a su traverser les siècles sans se scléroser.
Maison des Cultures du Monde
Extrait du dossier de presse
Droits d’auteur - copyright
fr
Arts asiatiques
Les arts indiens
?