Kong Nay est né en 1946 dans la province de Kampot. Il perd la vue à l’âge de quatre ans à la suite d’une variole que la pauvreté n’a pas permis de soigner. Il lui faut donc apprendre à survivre. À l’âge de treize ans, son grand-oncle lui enseigne l’art du chapey et le répertoire de chants de mariage et de récits épiques tirés du Reamker, la version khmère du Ramayana qui constitue la geste et l’âme du Cambodge.
Kong Nay apprend vite à maîtriser l’instrument et révèle bientôt un réel talent de poète improvisateur. Dès l’âge de seize ans, il commence à se produire un peu partout dans sa province natale de Kampot.
Lorsque les Khmers rouges prennent le pouvoir, ils lui imposent tout d’abord de chanter la gloire du régime auprès des déportés sur les chantiers et dans les rizières. Avec un art consommé du verbe et au péril de sa vie, il sait détourner les paroles de ces chants patriotiques pour faire passer auprès de ses camarades d’infortune un message de soutien et de réconfort. Les autorités s’en aperçoivent et l’envoient alors travailler de force dans une manufacture de cordages. Il ne se remettra à jouer qu’après la défaite des Khmers rouges. En 1991, il remporte un prix à Phnom Penh et peut enfin vivre de son art.