« L’avocat de la terreur » de Barbet Schroeder
mercredi 5 décembre 2007 par Emmanuel Deslouis

Dès qu’on prononce le nom de Jacques Vergès dans une assemblée, elle réagit souvent de manière violente. Elle considère souvent cet avocat comme « l’ordure » qui a défendu le nazi Klaus Barbie, puis qui s’est proposé d’être le défenseur de Saddam Hussein, et qui, enfin, a le culot de défendre un des responsables des génocides au Cambodge, Khieu Samphan. Un mot vient à l’esprit quand on parle de lui : provocation. Mais un autre mot tout aussi important sous-tend sa carrière et sa vie : terrorisme. Un terrorisme qui s’inscrit dans une lutte pour l’indépendance (Algérie, Palestine...) ou contre un système (Fraction Armée Rouge...). Son parcours, le réalisateur Barbet Schroeder (Barfly, le mystère von Bülow, la vierge des tueurs...) le retrace en forme de documentaire-enquête intitulé « L’avocat de la terreur ». Une manière intelligente d’aborder l’histoire du terrorisme. On découvre les débuts d’un jeune avocat en colère qui, métisse viétnamo-réunionnais, se sent proche des combats pour la décolonisation des pays du Tiers monde dans les années 1950-60. Il va dans un premier temps prendre faits et cause pour les combattants algériens du FLN que la France considère alors comme des terroristes... avant qu’ils ne deviennent des héros de la nation algérienne. Vergès se marie d’ailleurs à l’une de ses anciennes « clientes », Djamilah Bouhired, avec qui il vit quelques années en Algérie. Il défendra ensuite des terroristes palestiniens ou combattants de la cause, c’est selon le point de vue... Puis, c’est la disparition de l’avocat pendant huit années ! Il se volatilise, et cela alimente toutes les rumeurs les plus tordues : il serait parti combattre avec les khmers rouges, une hypothèse que Pol Pot, lui-même, le dirigeant en chef des Khmers rouges, réfute. Schroeder avance d’autres hypothèses beaucoup plus vraisemblables quant à cette disparition, mais beaucoup moins à l’avantage de Vergès. Passé cet « intermède », on suit les pérégrinations de Vergès qui croisent celles du terrorisme international. Quarante années de terreur qui sont calmement retracées par des anciens : Anis Naccache, Magdalena Kopp, Carlos... Au fil du documentaire, on a l’impression que le feu sacré des premiers procès (Algérie, Palestine), la conviction, a laissé la place à un jeu de « provocation » en défendant des dictateurs africains ou encore le leader serbe ultranationaliste Milosevic... Ainsi, dans les « suppléments » du DVD, on assiste à une scène assez effarante dans laquelle Vergès se fait le héraut de Milosevic devant une assemblée surchauffée de nationalistes serbes. Et lorsqu’on lui pose la question « auriez-vous pu défendre Hitler ? », il répond astucieux « j’aurais même pu défendre Bush... s’il avait d’abord plaidé coupable ! »