L’image du Bouddha
lundi 29 novembre 2004 par Damien Pfirsch

- Portrait de Bouddha
- © photo asiannouveau.com
La représentation humaine du Bouddha apparaît au début du 2ième siècle après J.-C. Le Bouddhisme voit se développer en son sein des tendances qui aboutiront à la formation de la branche Mahayana (le Grand Véhicule), et la vie religieuse se teinte d’un fort courant de dévotion.
Le Mahayana (Grand Véhicule) supplante peu à peu le bouddhisme originel, et, comme de nombreuses religions, suscite des pratiques culturelles exigeant un support figuratif plus explicite, moins abstrait ou moins allusif que le symbolisme utilisé jusqu’alors.
Pour répondre à la fois aux transformations doctrinales, et aux aspirations croissantes des fidèles laïcs, une image du Bouddha est donc créée. Deux écoles artistiques, Mathura (au sud de Delhi) et le Gandhara (région située au nord-ouest de l’Inde) en revendiquent la paternité.
A cette époque, le nord de l’Inde, et les territoires aujourd’hui inclus dans les frontières Est du Pakistan et de l’Afghanistan, sont sous le contrôle de dynasties d’origine nomades, les Kusana. . La première école, particulièrement florissante au début de notre ère, sous le règne des Kusana, qui favorisent le bouddhisme, développe un art syncrétique, qui intègre une forte influence helléniste La deuxième école, Mathura, située non loin de l’actuelle Delhi, est un centre artistique brillant, où s’opère la synthèse des influences grecques et des tendances proprement indiennes. Les artistes grecs, venus lors des lointaines conquêtes d’Alexandre et des petits royaumes grecs, parvinrent en effet après l’éclatement de son empire, à se maintenir dans ces régions.
Ainsi, que ce soit à Mathura ou au Gandhara, l’image du Bouddha apparaît dans des régions et à une époque où l’influence des artistes grecques est encore très présente. Or la tradition classique cherche à représenter l’humain non sous des traits réels et personnalisés, mais sous une forme idéalisée, dont la perfection se traduit sur le plan esthétique par l’harmonie et l’équilibre de l’œuvre.
Bouddha n’étant pas considéré par les bouddhistes comme un Dieu, la tradition classique grecque apporte une solution au problème posé par la représentation du Bouddha : celle-ci sera humaine, mais d’une humanité sublimée afin de symboliser l’accomplissement spirituel et la sérénité intérieure de celui qui a atteint l’illumination. Ces représentations du maître ne sont pas idolâtres, mais des images, qui doivent inspirer la spiritualité et porter l’essence des enseignements de Bouddha.
Cependant, cette spiritualité a besoin de symboles précis et rigoureusement définis : le génie des artistes est d’avoir su combiner la tradition plastique grecque et la symbolique bouddhique, d’essence proprement indienne. À cette époque sont établis de façon définitive les canons iconographiques et symboliques que respecteront ensuite toutes les images du Bouddha.
Aucun portrait n’ayant été fait du vivant du Bouddha, les artistes doivent se fier aux descriptions contenues dans les écrits pour dessiner son image. Dans l’iconographie de l’époque sont déjà présents certains traits physiques marquant en la personne du Bouddha, son caractère de Mahapurusha (Grand Homme), dans la tradition indienne. Ce sont les 32 signes principaux et 80 signes secondaires, les lakshana, auxquels les textes religieux font largement allusion. Ces écrits décrivent le Bouddha à travers des comparaisons imagées entre les différentes parties du corps et la faune ou la flore.
Ils mentionnent 112 signes caractéristiques parmi lesquels : des pieds bien posés, des roues sous la plante des pieds, des talons carrés, des mains et des pieds doux et délicats, des pieds à cheville haute, des jambes d’antilope, tous les doigts des mains et ceux des pieds d’égale longueur, des bras épais qui descendent jusqu’aux genoux, une mâchoire de lion, 40 dents, une tête en forme d’œuf surmontée d’une protubérance, des cheveux comme des dards de scorpions, un teint d’or, des yeux très noirs, des sourcils de génisse séparés par une touffe blanche. Ses yeux devaient ressembler à des boutons de lotus, son nez au bec d’un perroquet et ses membres être aussi souples que les branches d’un Banian...
Par la suite les artiste ajoutèrent des longs lobes d’oreilles, car Bouddha, comme tout enfant de lignée royale (Bouddha était de la famille Siddharta), avait dû porter de lourdes boucles d’oreilles. Ceci montre aussi sa sagesse et sa capacité d’écoute. Le visage de Bouddha est aussi caractérisé par l’impression de félicité et de joie profonde. Ses traits sont détendus, ses yeux mi-clos et sa bouche ébauche un doux sourire.
La tradition veut qu’il soit représenté dans 4 postures principales. Dans la plus courante il est assis, les jambes croisées. On peut aussi le représenter debout, en marche ou couché (symbole du sage à la veille de sa mort). Les statues en attitude de marche sont la grande innovation de l’école de Sukhothai (8ième - 15ième siècle).
La posture de ses mains rappelle aussi sa vie et son enseignement. Dans la position vitarka mudra ou « geste de l’argumentation », les 2 mains placées en avant, paumes vers l’extérieur, le Bouddha est en train de prêcher. Dans la posture dharmacakra mudra, Bouddha a les deux mains rapportées vers la poitrine, pouce et index joints, la gauche à l’horizontale, la droite à la verticale. C’est le geste de la mise en mouvement de la Roue de la Loi. Celle de varada mudra, ses mains près de son corps, les paumes en avant, symbolise le don de la charité.
Le geste dhyâna mudra est spécifique à l’évocation de la méditation. Les mains dans le giron, sont posées l’une dans la paume de l’autre, le Bouddha étant assis. La position abhaya mudra, un des deux bras repliés à la taille, les paumes tournées vers l’extérieur. Ce geste de l’absence de crainte représente l’apaisement, la pacification des conflits et le refus de la peur. La posture la plus courante est celle de bhumispara mudra, geste de prise de la terre à témoin, où Bouddha est assis, la main droite sur le genou, pointée vers la déesse terre pour la prendre à témoin de son illumination. Selon la légende, Mara (le démon de la mort et des désirs) tenta en effet d’interrompre la méditation de Bouddha juste avant l’illumination. Bouddha en réponse toucha la terre, prenant la nature à témoin de sa résolution.
Article publié par www.asiannouveau.com
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Damien Pfirsch
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