La procession de Ganesh
dimanche 11 octobre 1998 par Jean-Michel Delage
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Le public parisien est nombreux à venir assister à cette procession haute en couleurs. Si elle permet à la communauté tamoule de sortir de sa discrétion, et donc de mieux se faire connaître, il s’agit avant tout d’un événement religieux important pour ces fidèles hindous. Le « Ratha Yatra », festival du chariot est l’une des fêtes les plus populaires en Inde et au Sri-Lanka. Et la version parisienne, quoique que beaucoup plus modeste, se veut un moment extraordinaire de dévotion dont ces hommes et ces femmes furent si longtemps privés pour cause d’exil.

- © Photo : Jean-Michel Delage
- Paris : procession en l’honneur du dieu Ganesh. 1997.
L’hindouisme n’est pas une religion très répandue dans l’hexagone : jusqu’à l’arrivée des sri-lankais au début des années 80, il y avait bien quelques réunionnais, des mauriciens et une poignée de pondicherriens qui la pratiquaient. Aujourd’hui, on compte à travers la France près de 100 000 personnes adeptes de cette religion polythéiste. En 1985 un premier lieu de culte en l’honneur de Ganesha, le temple « Sri manika Vinayagar alayam » s’est ouvert à Paris. C’était le souhait d’un homme, Mr Sanderasekaram. Arrivé en France en 1975, il se rendit vite compte que sa communauté, déjà complètement déracinée, souffrait de ne pouvoir pratiquer la religion ailleurs que devant l’autel domestique, installé dans chaque foyer. Dans la famille de Mr Sandera, on a pour tradition de vénérer Ganesh : son père a fait construire un temple et une statue à Jaffna, dans le nord de l’ex-Ceylan. Son frère a fait la même chose à Londres, de même que sa nièce à Melbourne en Australie !
Après maintes déménagements, le temple s’est installé dans le 18ème arrondissement, mais il semble déjà devenu trop étroit pour accueillir tous ces fidèles qui se bousculent chaque week-end. « Nous aimerions construire un vrai temple, explique Mr Sandera, pour l’instant, ça nous a toujours été refusé. Les autorités, état, mairie de Paris..., ne nous considèrent-elles peut-être pas comme une religion au même titre que l’Islam ou le Bouddhisme ? »
Ratha yatra est le point culminant d’une période de 10 jours de célébration durant laquelle des prières et des offrandes ont été adressées à Ganesh pour marquer son anniversaire « Ganesha-Chaturthi ». C’est par centaines que les dévots se rendent au temple pour assister aux « pujas », les offices religieux. Les chaussures s’entassent à l’entrée, sur les râteliers disposés à cet effet. Dans l’enceinte, femmes et hommes sont séparés mais tout le monde se retrouvent autour de la déité à tête d’éléphant : plusieurs prêtres officient devant l’autel.
La cérémonie du bain rituel, appelé « Abhishekam », commence. La statue est tout d’abord débarrassée de ses vêtements, avant d’être copieusement arrosée d’eau. Puis c’est une cascade de substances sacrées, lait, eau de rose, miel, lait caillé... qui s’abat sur le dieu dans un but de purification. On la revêtit de ses habits de fête. La déité est à peine visible sous l’amoncellement de guirlandes de fleurs... Les « pujaris » (prêtres) n’ont cessé de psalmodier les mantras (textes sacrés) durant tout le cérémonial.

- © Photo : Jean-Michel Delage
- Paris : procession en l’honneur du dieu Ganesh. 1997.
Et quand elle est placée sur un palanquin surmonté d’un parasol, c’est un énorme « Aum » qui retentit. Dehors, la foule s’est fait plus nombreuse. Les porteurs se frayent difficilement un passage jusqu’au chariot où ils installent confortablement la divine statuette. Les prêtres officiants s’assoient sur le devant, et c’est dans la plus grande confusion qu’une douzaine d’hommes torse-nu s’empare des cordages servant à tirer le char : un véritable sacrifice pour ces hommes, un don de soi pour être encore plus près de Ganesh mais aussi de recevoir en retour la prospérité tant convoitée. Le véhicule s’ébranle doucement, précédé d’un camion d’arrosage pour purifier le sol avant le passage du cortège. Des musiciens accompagnent la procession au son d’ instruments rituels et des danseurs enchaînent des mouvements qui semblent parfois les mener jusqu’à la transe. Ce sont, comme les tireurs, des pénitents : les hommes portent sur leurs épaules le kavadi, une sorte d’arceau de bambou recouvert de plumes de paon. Quant aux femmes, elles portent, posée sur leur tête le kumbam (pot en cuivre) orné de feuilles de manguiers et de noix de coco ou le katpuram chatti, une coupe en terre cuite où brûle le camphre.
Dans la rue du Faubourg Saint-Denis, les commerçants tamouls ont préparé des offrandes (archanai) qu’ils déposeront aux pieds de la statue sacrée. Pâtisseries, fruits, plats préparés, des fleurs... : pour le bon fonctionnement de leurs affaires, il est impératif d’honorer Ganesh, symbole de prospérité. A chaque halte, le rituel est le même : pendant que les prêtres bénissent la foule, des noix de coco sont violemment lancées contre le pavé parisien, une manière symbolique de briser la coquille qui libérera notre « soi » (la chair du fruit). Auparavant, il aura fallu arracher les fibres (les « impuretés »).
La procession dure plus de quatre heures. Les derniers cent mètres se font dans la plus grande confusion : la rue, étroite, oblige la file à s’affiner afin de progresser vers l’enceinte du temple. Une fois le porche dépassée, le char est littéralement pris d’assaut par les fidèles. Ils veulent emmener chez eux l’une des offrandes bénies pour marquer l’amitié qui les lie avec la divinité. Un dernier bain sacré (en Inde ou au Sri-Lanka, la statue est totalement immergée dans une rivière sacrée ou dans la mer...), des habits neufs et le Ganesha reprend place sur l’autel. Il sera choyé, adoré quotidiennement, apportant bonheur et prospérité dans les foyers.
« Aum Ganesha » !
Ganesh dans la mythologie hindoue
Fils aîné du dieu Shiva et de la déesse Parvati, le dieu Ganesh est sans aucun doute l’idole la plus populaire du panthéon hindou. Près d’un milliard d’hommes le vénère, de l’Inde au Tibet, au Sri-Lanka, au Japon... et à Paris ! Ganesh est représenté sous les traits d’un adolescent couronné d’une tête d’éléphant, ce qui fait de lui le plus reconnaissable des dieux hindous. La légende dit qu’un jour de colère, Shiva décapita son fils et eu recours à la tête du premier animal vivant rencontré. Il a quatre bras et chevauche la souris Mushika, symbole de l’abondance. Ce dieu hospicieux, loué sous mille noms différents (Ganapati, Vinayak, Vighneshwer ou encore Pillayar, petit enfant en tamoul), est toujours invoqué avant de démarrer un projet, de partir en voyage ou même avant de s’adresser à un autre dieu. Dans la tradition hindoue, il y a quatre étapes dans la vie humaine : - Kama (satisfaction par les plaisirs sensuels), - Arta (richesse, prospérité), - Dharma (les enseignements sacrés), - Mokha (la libération spirituelle du cycle des morts et des renaissances). Ganesh s’emploie à détruire les obstacles entravant la réalisation de ces quatre desseins. Il est aussi la divinité des arts, de la connaissance et des sciences et on l’honore toujours avant un spectacle. C’est encore Ganesh qui a rédigé d’un trait et avec une rapidité fulgurante le mahabharata, la plus grande épopée mythologique qui soit au monde.

- © Photo : Patrick Le Gac
Le 21 septembre 1995, des fidèles qui offraient du lait à une statuette, dans un temple de New-Delhi, virent le liquide disparaître. La nouvelle que Ganesh avait bu le lait se répandit comme une traînée de poudre. La vie s’arrêta complètement et les médias ne parlaient que de ça... Les temples étaient pris d’assaut, la bourse s’interrompit. Toutes les statues de Ganesh se mettaient à boire le lait ! Et de Londres à Sydney, du Népal à Singapour, le même miracle se réalisait. Pour les hindous, c’était signe qu’une grand âme venait d’arriver sur terre.
© Texte de Jean-Michel Delage
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Fêtes et traditions asiatiques
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