"La vie en jaune" de Marc Boulet
dimanche 4 mai 2008 par Emmanuel Deslouis

Le péril jaune est de retour ! nous alertent les médias. Et d’énumérer : Si le prix du pétrole flambe, si le réchauffement climatique s’accélère, si nos usines sont délocalisées, si le chômage augmente, si le petit commerce perd son identité, s’il y a eu des épidémies de SARS et de grippe aviaire, C’EST A CAUSE DES CHINOIS ! Vous pensez que j’exagère, lisez la presse des deux dernières années et vous constaterez que ce vieux thème (on en parlait déjà en 1895 dans le journal L’illustration !) est déjà devenu un classique. C’est pour tordre le cou à ce mauvais fantasme que le journaliste Marc Boulet (auteur de "Dans la peau d’un Chinois") a décidé de retourner en Chine à l’été 2007, en compagnie de sa femme chinoise et de ses deux filles. A sa manière, en rencontrant les Chinois, en discutant avec eux, il recueille quantité d’informations. Mais il ne se limite pas à l’empirisme des rencontres qui peut être trompeur, il offre en contrepoint des études et des statistiques fiables. Mais tout tourne autour de l’argent et de la violence sociale dont sont victimes les Chinois. Comme cette ex-infirmière de Liuzhou qui demande à la femme de Marc Boulet si elle peut l’aider à trouver un mari en France car elle sait qu’elle "sera heureuse à l’étranger". Comme le million de personnes obligées de déménager pour la construction du barrage des 3 gorges. Cet ouvrage pharaonique qui fournira, s’il tourne à plein régime, de l’électricité durant 12 jours par an pour toute la Chine ! Un beau gâchis, n’est-ce pas ? Revenons à l’échelle humaine. Marc Boulet n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il narre ses histoires personnelles, et notamment les destinées des membres de sa famille chinoise : le beau-frère ex-voyou qui travaille sur un chantier pour les J.O., la nièce qui aime les Noirs américains, la belle soeur qui joue en bourse. Et il a comme un coup de blues quand la nièce déclare à propos des manifs de Tian an men : "c’est de l’histoire ancienne". Et elle déclare, lucide : "La Chine est gouvernée par des voleurs qui font eux-mêmes la police. Ils ne sont pas près d’être frappés ni de tomber". Eh oui, vous devez l’avoir compris : les premières victimes du gouvernement et des puissants chinois, ce sont les Chinois eux-mêmes, pas les Occidentaux. Des stéréotypes faites table rase, et plongez vous dans ce livre. C’est un ordre !