Le nô
dimanche 28 septembre 1997 par Patrick Le Gac
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- Jo, ha, kyu, p1
- Le masque, p1
- Kyôgen, p1
- La scène, p1
- Zeami (1363 - 1443), p1
- Kanze, p1
- Lexique, p1
Le nô naquit de la fusion de danses antérieures au XIVe siècle. Il tire ses origines du sarugaku (« musique de singe »), forme populaire alliant la danse au mime, l’acrobatie à la magie empruntée au sangaku d’inspiration indienne et chinoise et des kagura (danses sacrées du shintô). Zeami fixa la forme actuelle et lui donna le nom de sarugaku-no-nô (nô de sarugaku), puis par abréviation de nô.
Apprécié à ses débuts par un très large public, ce n’est que plus tard que le nô s’adressera à une audience choisie, celle de l’aristocratie guerrière. Le répertoire compte près de 240 pièces, écrites principalement à l’époque Muromachi par Zeami, grand maître à l’égal de Shakespeare.
Chacune des pièces appartient à cinq genres distincts qui composent une journée traditionnelle de nô.
- Les pièces votives (waki-no-mono) avec un personnage surnaturel ou une divinité. Elles sont composées afin d’éloigner le spectateur de ses pré-occupations quotidiennes.
- Les pièces guerrières (shura-mono).
- Les pièces de femmes (kazura-mono). Elles révèlent « le charme subtil » des attitudes et de la danse.
- Les pièces du monde réel (yobamme-mono). Elles s’inspirent de drames et de récits épiques.
- Les pièces finales de démons (kiri-mono).
Jo, ha, kyu
L’ordre des pièces suit une progression rythmique qui s’articule sur un mouvement en trois temps. Une introduction lente (jo), un développement brisé aux ruptures de mouvement (ha) et un final animé (kyu). La première pièce est jo, les trois pièces centrales ha. Et la cinquième kyu. Les pièces centrales (2, 3, 4) obéissent aux mêmes règles : la deuxième est jo, la troisième est ha et la quatrième kyu. La troisième pièce est ainsi doublement centrale et devient le pivot d’une journée de nô.
Le masque
Oeuvre d’art, essence même du nô, le masque fait figure d’élément primordial dans le jeu des acteurs. L’interprète considère cet objet comme sacré. Il symbolise un caractère ou un personnage. Les grandes maisons de nô qui conservent les chefs-d’oeuvre (trésors nationaux du Japon) de l’époque Muromachi vouent à leurs masques un authentique et profond respect. Taillés, sculptés et peints dans du bois de cèdre japonais (hinoki), les masques d’origine (honmen) ont une valeur inestimable. Parmi les sculpteurs, trois grands maîtres célèbres, Shakuzuru pour ses masques forts de diables et de guerriers, Tatsuemon pour ses masques doux de femmes et de jeunes gens et Himmi pour ses masques austères ont marqué cet art. Sublime et unique. L’imagination de ces artistes rend visible l’expression de la nature humaine et de l’au-delà. L’acte du nô ne peut se faire sans le masque sur lequel tout est inscrit. L’âme et la magie. La beauté et la tragédie. Erhard Stiefel.
Kyôgen
Le kyôgen (« paroles folles ») - lui aussi exclusivement masculin - relève de l’art comique. Cette forme distincte du nô est représentée entre deux pièces de nô. Le kyôgen, aux dialogues denses et drôles, joue le rôle de contrepoint face à la tension tragique du nô. Bouffonneries séculaires, inspirées de la vie quotidienne moyenâgeuse, les pièces de kyôgen plongent à la manière de la commedia dell’arte dans la satire sociale. Le répertoire actuel compte environ 300 pièces. Les écoles de kyôgen et de nô sont totalement séparées. Bien que très gestuel et très dialogué, le kyôgen - art extrêmement codifié - écarte toute improvisation.
La scène
La scène de nô repose sur des règles architecturales qui conjuguent l’esthétique à la technique. Le plateau (butai) en bois de cèdre patiné par le temps, un carré aux dimensions exactes de 5,40 m de côté, est limité par quatre pilliers. Il n’accueille aucun décor. Seuls quelques accessoires appartiennent à la scénographie. L’espace au fond (ato-za) est celui des musiciens. A droite de la scène (ji-utai-za) prend place le choeur. Bordé de trois pins, le pont (hashigakari), passage symbolique d’un monde à l’autre, de l’au-delà vers le temporel, permet à l’acteur de venir de la chambre au miroir à la scène, mais aussi d’interpréter certains passages de la pièce. A l’extrémité gauche de ce pont, derrière un rideau à rayures verticales, se dissimule l’illustre chambre au mirroir, (Kagami-no-ma) où l’acteur, face au miroir s’habille. Dans cet espace fermé, il contemple dans son écrin le masque afin d’entrer intimement en contact avec le personnage qu’il incarne. Erhard Stiefel.
Zeami (1363 - 1443)
Théoricien du nô, acteur et dramaturge prolifique, Zeami (ou Kanze Motokiyo), fils de Kan ami Kiyotsugu qui dirigeait une troupe d’acteurs de la province de Yamato dans la région de Nara, a clarifié et codifié l’art du nô. Il en a énoncé les grands principes et dévoilé les secrets en des conseils savants et vérifiés. Ses écrits demeurent une référence. Ses traités, redécouverts seulement eu début du XXe siècle, De la transmission de la fleur de l’interprétation (« Fûshi-kaden ») au Miroir de la fleur (« Kakyo ») offre à saisir l’émotion esthétique engendrée par la technique des acteurs de nô... telle une fleur prête à tomber.
Kanze
L’illustre Kan ami Kiyotsugu (1333 - 1384), prêtre shintô à Kyoto est le fondateur de la lignée des Kanze. Cette famille constitue une des cinq écoles ou maisons d’acteurs de nô. Son fils Kanze Motokiyo (Zeami) donne au nô de véritables lettres de noblesse.
Depuis, au fil des siècles et des générations, les iemoto (artistes-maîtres, descendants par la lignée héréditaire du fondateur) transmettent styles et savoirs de l’interprétation et font perdurer la tradition. Kanze Kiyokazu, âgé de 37 ans, 26e iemoto de la dynastie Kanze, a établi le programme présenté au Festival d’Automne. Celui sur qui repose six cents ans de traditions interprétera pour la première fois en France la plupart des rôles principaux.
Lexique
Ecole ou maison : les acteurs qui tiennent les rôles principaux (shite) appartiennent à des maisons ou écoles. Elles sont actuellement au nombre de cinq : Kanze, Hôshô, Konparu, Kongô et Kita (la plus récente). Il existe également des maisons pour les acteurs secondaires (waki) et les acteurs de kyôgen.
Choeur : constitué d’acteurs appartenant aux écoles de shite, le choeur chante à l’unisson pour commenter les actions, soutenir le récit du shite ou décrire un paysage.
Musiciens : le rôle de l’orchestre composé de trois ou quatre instrumentistes (flûte et tambours) est essentiel. En préparant l’entrée de l’acteur, en soutenant le chant et en rythmant la danse il crée, en parfaite symbiose avec les acteurs, l’acte du nô.
Shite : personnage principal, « celui qui fait », « celui qui agit ». Il porte toujours un masque.
Waki : personnage secondaire, « celui du côté ». Il ne porte pas de masque.
Kata : forme théorique et stylisée d’un mouvement destiné à être exécuté avec perfection.
Ma : concept d’espace, de temps ou de vide entre deux choses pour définir un intervalle. Principe essentiel aux arts japonais (peinture, jardin, architecture, spectcle vivant...).
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