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« Le roi des singes sème le chaos au Palais céleste »

lundi 2 novembre 1998 par Emmanuel Deslouis

Bien éloigné du traditionnel Guignol connu du public français, le théâtre de marionnettes taïwanais s’en démarque par sa vigueur, sa flamboyance et son originalité. L’espace de trois jours, quelques privilégiés ont pu découvrir cet art au centre culturel taïwanais à Paris.
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Affiche
Le spectacle « Le roi des singes sème le chaos au Palais céleste » est tiré d’un épisode du récit classique chinois « Le voyage en occident ».

La compagnie Yi Wan-jan y présentait un spectacle aussi drôle qu’éclectique. Montée par Li Tien-lu (« Maître de marionnettes » popularisé par un film du même nom réalisé par Hou Hsiao Hsien), cette troupe a interprété « Le roi des singes sème le chaos au Palais céleste ». Cet épisode, tiré du récit classique chinois « Voyage en Occident » de Tcheng En Wou, présente les tumultueuses mésaventures du roi des singes, Sun Wukong, avant sa rencontre avec le moine bouddhiste Xuan Zang (ou Tang San). Maître en arts martiaux et infatigable combattant de démons, il se rend au Palais du Ciel, défie son roi, vient à bout de ses troupes, vole des fruits, du vin et des médicaments d’immortalité. Seul le Bouddha Rulai arrivera à le maîtriser grâce à une astuce assez triviale et l’emprisonnera sous une montagne. Il attendra d’être délivré par le moine Xuan Zang avant de partir vers l’occident pour recueillir des textes sacrés. Ce scénario assez simple est mis en valeur par une manipulation virtuose des marionnettes et la musique traditionnelle de Beiguan qui fait vivre chaque scène.

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Sun Wukong
Le roi des singes Sun Wukong se distingue dans ce spectacle en imprimant un mélange d’humour et d’acrobaties.

Ce type de théâtre intègre plusieurs accessoires : les marionnettes s’assoient sur des chaises, devant des tables, manient des tasses, des cruches. Sun Wukong boit directement une outre à vin qui le fera sombrer dans les vapeurs de l’ivresse ! Au son de la musique et des percussions, les personnages dodelinent de la tête, se déplacent par mouvements simples, brusques, nets, à l’image des acteurs de l’opéra de Pékin. Si, à première vue, les combats paraissent désordonnés, chaque mouvement est calculé, les armes (lances, sabres, épées...) s’entrechoquent dans une chorégraphie bien réglée. L’impression de dynamisme est renforcé par le déplacement des marionnettes. Elles virevoltent entre les trois portes et trois fenêtres du théâtre doré. Il n’est pas rare de les voir sauter ou plonger d’une ouverture à l’autre. Parmi les effets scéniques poétiques, les montreurs de marionnettes utilisent des foulards pour figurer l’eau agitée ou les nuages. Autre effet « spécial » : des écrans de fumées signalent et dissimulent les métamorphoses (n’oublions que les personnages sont des démons ou des divinités). Le spectateur assiste ainsi à des transformations très kitsch de Sun Wukong en chien, en tigre et en oiseau pour affronter un serpent aux dimensions changeantes.  

La compagnie Yi Wan-jan a réussi un tour de force avec cette pièce : passionner autant les enfants présents que leurs parents !

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Li Tien-lu
Le maître de marionnettes Li Tien-lu, décédé en août 1998, a permis à cet art traditionnel de survivre à l’épreuve du temps en fondant en 1931 la compagnie Yi Wan-jan.

Emmanuel Deslouis

Article paru à l’occasion du spectacle « Le roi des singes sème le chaos au Palais céleste », par la compagnie taïwanaise Yi Wan-jan, du 22 au 24 octobre 1998, au Centre Culturel et d’Information de Taipei.


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