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Les Bhopa-Bopi

Nomades du Rajasthan

samedi 11 octobre 1997 par Patrick Le Gac

Les Bhopa-Bopi, une sous-ethnie des Bhill, sont des nomades du Rajasthan qui circulent de villages en fêtes pour présenter par des contes, de la musique, de la danse et une bande dessinée géante (le pad) la légende du Prince Pabuji, héros de l’Inde du Nord, au temps des empires moghols.

Le Pabuji-ki-Pad (ou rouleau de Pabuji) constitue un fragment de théâtre total ou mieux une pièce d’ethnoscénologie, dans laquelle deux participants seulement sont nécessaires.

C’est pourquoi les Bhopa-Bopi se présentent souvent en couple. L’homme, vêtu d’une large robe cintrée qui lui tombe jusqu’aux pieds et coiffé d’un volumineux turban de coton rouge-sang ou jaune-safran, chante en jouant du ravanantha, la vièle de Ravana (le démon, roi de Lanka), touchée avec un archet à mèche de crins de cheval. Sa voix tendue ou mélodieuse, produisant des ornementations en chaîne, évoque des combats épiques des guerriers rajpout ou la douceur des femmes dans les palais. Il donne à son corps une dynamique ondulatoire et fait tourner l’ourlet de sa lourde jupe en cercle parfait autour de lui.

Son épouse ou sa compagne, la tête couverte d’un voile coloré, l’accompagne dans son chant, lui donnant la réplique ou prolongeant les notes finales. Elle danse devant le pad mais surtout indique - de la main ou du coude - quel épisode, dessiné et peint aux couleurs végétales, illustre le récit chanté de son compagnon.

Elle montre les sultans, dont l’échelle du dessin est plus grande que les silhouettes de guerriers. Elle montre les caravanes d’éléphants chargés de présents mythiques. Elle montre le visage des traîtres, caché entre les colonnes fines d’une fenêtre taillée en triple arceau. Elle montre Kaiser, cheval magique du Prince Pabuji qui peut voler ou prononcer des formules de protection.

Parfois, leur enfant accompagne le couple. Il apprendra, auprès de ses parents, le métier de musicien-conteur et il s’exercera à peindre la fantastique histoire du Rajasthan sur une toile de cinq mètres de longueur sur un mètre de hauteur.

Issus d’une couche de la société très marginalisée encore aujourd’hui, les Bhopa-Bopi exercent leur art de baladins depuis le XIIIe siècle. Par l’expression du Pabuji-ki-Pad, ils chantent la louange des Moghols, musulmans occupant l’Inde du Nord depuis plusieurs siècles et ayant établi des dynasties solides, en conflit perpétuel avec celle des royaumes hindouistes.

Accueillis par les familles ou les communautés villageoises au moment des mela (fêtes, foires), les Bhopa-Bopi accèdent pourtant rarement au droit de dormir dans les mêmes lieux que les sociétés d’agriculteurs. Leur prestation terminée, ils regagnent les portes d’une ville et retournent au désert. Pour salaire, ils reçoivent de la nourriture, des vêtements, parfois de l’argent.

Cet art populaire n’est cependant pas en perdition actuellement. Il se revivifie grâce à la « révolution verte » ou politique d’irrigation qui octroie au Rajasthan jusqu’à trois récoltes par an et occasionne des fêtes plus nombreuses auxquelles les Bhopa-Bopi (ainsi que d’autres artistes nomades) participent.

Françoise Gründ
Maison des Cultures du Monde
Extrait du dossier de presse

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