Musée Cernuschi
mardi 28 mars 2006 par Patrick Le Gac
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Henri Cernuschi était un personnage hors normes. Né à Milan en 1821, il est l’un des chefs de la révolution lombarde. Réfugié en France, il fait fortune. Mais profondément affecté par les événements de la commune de Paris, il décide en septembre 1871 de partir pour un long périple en Asie (Japon, Chine). Il en rapporte quelque cinq mille objets : « des potiches de bois sculpté, des laques, des céramiques, des bronzes, des ivoires », en janvier 1873.
Pour abriter ces trésors, il fait réaliser par l’architecte Bouwens, au 7 avenue Vélasquez, un hôtel particulier de style néo-classique.
Le 11 mai 1896, Henri Cernuschi mourait à Menton, ayant légué à la Ville de Paris, « son hôtel du Parc Monceau et les collections orientales qu’il renferme, à charge d’en faire un musée ». La Ville l’inaugurait le 12 octobre 1898, avec environ 5000 pièces.
Dès 1905, le premier conservateur, Henri d’Ardenne de Tizac, oriente le musée vers la Chine ancienne et la haute archéologie chinoise. Il sait convaincre la municipalité d’enrichir les collections, suscite des dons de particuliers et de nouvelles acquisitions. Son successeur, René Grousset, grand historien de l’Asie, consacre ses efforts à la modernisation du bâtiment avec le concours de la Ville de Paris qui organise en 1937 une des premières grandes expositions sur le bronze chinois. A sa suite, les conservateurs en chef perpétuent cette double mission : enrichir les collections et vivifier la présentation.
Grâce à la générosité de la Ville de Paris et au concours de la Société des Amis du Musée Cernuschi, les séries existantes de bronzes ont pu être complétées de pièces exceptionnelles. En 1956, le rouleau des « Chevaux et Palfreniers », rare peinture du VIIIème siècle, attachée au nom de Han Kan, est devenue la pièce maîtresse du musée. Un ensemble de peintures chinoises contemporaines de style traditionnel, dont le noyau est le don Kuo Yu-shuo en 1953, est continuellement enrichi des dons d’artistes chinois et constitue aujourd’hui un fonds unique en Europe. Enfin, l’ancienne collection Mu-Fei d’une cinquantaine de céramiques de Tch’ang-cha (Ier-Xème siècle), montre le raffinement des collections. Le Musée Cernuschi est devenu l’un des cinq plus importants d’art chinois en Europe.
Aujourd’hui riche d’environ 10 000 pièces, le musée Cernuschi offre à ses visiteurs un choix d’oeuvres exceptionnelles de la Chine ancienne. Ses ensembles diversifiés de bronzes archaïques et de statuettes funéraires (IIIème siècle av. J.-C. - XIIème siècle ap. J.-C.), ses rares sculptures bouddhiques (Vème - Xième siècle) sont internationalement célèbres.
Des expositions temporaires sont régulièrement organisées, centrées sur des thèmes variés, s’attachant particulièrement à l’Extrême-Orient (Chine, Japon et Corée).
Le Musée Cernuschi, petit joyau de l’art chinois, a fait peau neuve
15 juin 2005
Malgré sa notoriété, le musée Cernuschi est vétuste et ne correspond plus aux normes européennes de muséologie. Il va bénéficier d’une importante rénovation (coût : 31 MF) qui débutera en 2002, dirigée par l’agence Architectures et Associés, le musée ayant fermé en octobre. Les travaux dureront deux ans.
Côté visiteurs, le musée donne encore le change. Abritant de riches expositions comme « L’Or des amazones », il a accueilli en 2000 58.700 visiteurs.
Côté coulisses, un labyrinthe de pièces défraîchies, vétustes. Les réserves abritant de riches céramiques, installées dans d’anciennes écuries, sont mal conçues, empoussiérées, le bel escalier en stuc est abîmé, des inondations récentes ont endommagé certaines pièces.
Le musée manque de place : 2.318 m2 de surfaces utiles. Avec ce projet, il en gagnera près de 1.000 m2 grâce à l’utilisation de locaux désaffectés, l’agrandissement des galeries du rez-de-chaussée, l’aménagement d’une mezzanine et de deux salles.
Le rez-de-chaussée, rénové et climatisé, accueillera les expositions temporaires et le premier étage les collections permanentes. Le grand Buddha de Meguro occupera une place centrale, avec mezzanine.
Les architectes veulent « que le musée soit restitué dans son intégrité architurale d’hôtel néo-classique ». Les verrières et plafond de bois seront ainsi restaurés.
Un ancien fumoir, qui a conservé son décor ancien, évoquera le mécène.
Pour son conservateur, Gilles Beguin, Cernuschi est complémentaire du Musée Guimet, récemment restauré, « sans vocation universelle ». Riche de 13.000 objets - bronzes, céramiques, sculptures, peintures et dessins -, « il est une promenade esthétique dans l’art chinois ».
Parmi les pièces maîtresses : chevaux de bois Tang (VIIIème siècle), bronze brûle-parfum, sculptures bouddhiques (IV-VIèmes).
Le musée parisien Cernuschi, deuxième collection d’art chinois de France et cinquième d’Europe, rouvre ses portes après une cure de jouvence de trois ans avec des collections enrichies et sécurisées, des espaces d’exposition rénovés et agrandis.
Bertrand Delanoë, maire PS de la capitale, a inauguré mercredi ce bel établissement un peu secret, que le public pourra redécouvrir à partir de vendredi.
Cernuschi est le premier des grands musées municipaux à rouvrir après lifting complet. Il sera suivi du Petit Palais en décembre et du Musée d’art moderne en janvier.
Ses surfaces d’exposition -toutes désormais accessibles aux handicapés- ont été accrues de près d’un tiers. Riche de 12.000 oeuvres, il en expose désormais 900, soit 300 de plus qu’avant son lifting.
Le musée est sis dans une allée paisible et cossue menant au parc Monceau, fleuron de l’art haussmannien des jardins. C’est là qu’Henri Cernuschi, un patriote républicain italien (1821-1896) émigré en France, enrichi par ses dons d’investisseur et de conseiller financier, (il était aussi propriétaire du journal Le Siècle) avait fait bâtir un vaste hôtel particulier.
Il l’avait légué, en même temps que ses riches collections d’art asiatique, à la Ville de Paris qui en fit un musée dès 1898.
Cernuschi avait acquis 4.000 oeuvres d’art lors d’un long voyage au Japon et en Chine, et notamment un bouddha monumental, qui est le seigneur imposant du musée rénové. Cette oeuvre (Buddha Amida) provenant à l’origine d’un temple de Tokyo détruit par un incendie, trône sur une estrade, avec vue sur le parc.
Mais, souligne Gilles Béguin, conservateur passionné du musée, Cernuschi recèle bien d’autres trésors. Contrairement au musée Guimet, il ne vise pas une présentation exhaustive et encyclopédique de l’art d’extrême orient. Il est plutôt, ajoute le conservateur, "une promenade esthétique".
C’est surtout l’art chinois qui y est exalté, dans des salles tantôt aérées, tantôt entretenant une pénombre mystérieuse.
La star -la "joconde", selon Gilles Béguin- est un vase "you" de l’époque Shang (1550-1050 avant JC) aux formes baroques, appelé "la tigresse". Il est considéré comme le plus important bronze archaïque chinois que l’on puisse voir en Europe.
Le mécénat de Total a permis d’enrichir les collections d’un autre vase de bronze (type "zun") au décor très rare : un visage mi-humain, mi-oiseau. Il fut jadis le chef-d’oeuvre d’un musée privé japonais, intégralement vendu en 1987, à la mort de son fondateur.
Comme dans tous les musées municipaux parisiens, l’accès aux collections permanentes de Cernuschi sera gratuit. Avant sa rénovation, il accueillait 60.000 visiteurs par an.
Le musée reprendra en septembre ses expositions temporaires (deux par an), qui seront, elles, payantes. La première sera vouée aux céladons de Chine.
Musée Cernuschi 7, av Vélasquez - 75008 Paris.
Tous renseignements utiles (horaires, jours d’ouverture, tarifs...) sur le site internet du musée : http://www.pariserve.tm.fr/culture/...