Musée Kwok On - Théâtres et fêtes en Asie
mercredi 12 juin 1996 par Patrick Le Gac
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Monsieur Kwok On était passionné d’opéra chinois. Dans sa maison de Hong Kong, il collectionnait des instruments de musique, des marionnettes, des porcelaines, des disques anciens et une riche documentation bibliographique. On les trouve aujourd’hui au musée Kwok On auquel il en fit don en 1971. D’autres dons individuels et des subventions d’organismes publics ont permis de compléter les collections chinoises et d’élargir le fonds muséographique aux autres pays d’Asie.
Le musée propose une introduction aux cultures de l’Asie. Il présente des techniques théâtrales différentes des traditions occidentales. Il permet aussi de se familiariser avec les histoires célèbres des répertoires, qui forment le savoir collectif des pays d’Asie.
Le centre de documentation conjoint au musée est ouvert aux étudiants et aux chercheurs qui s’intéressent aux techniques théâtrales ou se spécialisent dans l’étude de l’Extrême-Orient.
La partie muséographique comprend des costumes, des masques, des instruments de musique, des peintures, des gravures, des marionnettes, des figurines en parchemin pour théâtre d’ombres. Elle couvre le Japon, la Corée, la Chine, l’lnde, l’lndonésie, la Malaisie, la Birmanie, le Cambodge, la Thaïlande, l’Iran, la Turquie et même le théâtre d’ombres grec qui est d’origine asiatique. Les objets sont classés par pays.
Pour l’Inde, sont présentés les différents types de personnages du Kootyattam, le seul théâtre existant encore en sanscrit, ceux du Kathakali, des masques et costumes pour les danses Chhau de Purulia et de Seraikella, des marionnettes à fils pour le Yakshagana, celles du Rajasthan, le théâtre d’ombres du Karnatak et de l’Andra Pradesh, les rouleaux pour conteurs du Rajasthan et du Bengale, les objets d’Indonésie comprennent, entre autres, une très belle série de figurines pour le théâtre d’ombres (wayang kulit). La Birmanie est représentée par une troupe de marionnettes à fils avec lesquelles on jouait la création du monde d’après la mythologie birmane. La Chine est particulièrement à l’honneur avec des costumes d’opéra, des instruments de musique (pour l’opéra de Pékin et l’opéra cantonais), des gravures et des porcelaines montrant des scènes d’opéra et des maquillages, d’anciens livrets de pièces, des photographies, des peintures par les plus célèbres acteurs, toute une troupe de marionnettes à fils du Fujian datant du XVIIIème siècle, un castelet et des marionnettes à gaine dont certaines ont été sculptées par le grand artiste Jiang Jiazou, de grandes marionnettes à tige de la province du Guangdong, une très importante collection d’ombres anciennes. Pour le Japon, des vêtements, des masques, des gravures, des instruments de musique donnent une idée du nô et du kabuki ; et pour le théâtre de poupées, on peut voir une collection unique en dehors du Japon de têtes sculptées, et les quatre marionnettes rituelles qui servaient à incarner les dieux. Ceci pour ne mentionner que les principales pièces de la collection.
A cet ensemble s’est ajouté un grand nombre d’objets concernant les fêtes traditionnelles en Chine, au Japon, et en Inde : objets rituels, effigies de divinités, costumes et accessoires de procession, gravures traditionnelles. Plus récemment, le musée s’est enrichi de tentures et de dispositifs d’autels pour cérémonies bouddhiques et taoïstes dans le rituel chinois.
Faute d’un espace suffisant, le musée présente ses collections permanentes par roulement au cours d’expositions à thème. La présentation est renouvelée tous les ans environ.
Article de Télérama
Nous joingnons ci-dessous un article d’Isabelle Fajardo paru dans Télérama Paris N°182 - 12 juin 1996 :
« C’est l’histoire d’un petit musée qui boit la tasse. Expulsé de la rue des Francs-Bourgeois il y a deux ans et hébergé depuis par la Ville de Paris, rue du Théâtre, le musée du Théâtre et des arts populaires asiatiques, dit Kwok On, a dû essuyer... cinq fuites d’eau. Deux instruments de musique indiens sont irrémédiablement endommagés. La Mairie a déclaré les locaux insalubres. Et les collections, que l’on espérait pouvoir redécouvrir bientôt, sont toujours sous caisses...
Etrange odyssée que celle de ce musée associatif, ballotté de port en port sans réussir à jeter l’ancre pour de bon. Au commencement, M. Kwok On, un Chinois de Hong-Kong, grand amateur de marionnettes à fils, figurines d’ombres anciennes et instruments de musique, décide de faire don de sa collection à la France. Jacques Pimpaneau, sinologue, enseignant à Hong-Kong à l’époque, recueille ce trésor, qu’il enrichira peu à peu. En 1972, il crée le musée Kwok On à Paris. Celui-là fait une longue escale chez Henri Langlois, à la Cinémathèque, puis est mis sous caisse dans les réserves de la Bibliothèque nationale. On peut le visiter à nouveau, au cours des années 80, au 41, rue des Francs-Bourgeois. . . jusqu’à ce qu’il soit contraint de plier encore bagages, en avril 1994.
Subventionné par la Ville de Paris et le ministèrc de la Culture, le musée n’est que le locataire des lieux et la société d’industrie chimique propriétaire a décidé de vendre. Kwok On n’a pas fini de ramer... Aujourd’hui, il prend donc l’eau dans le 15è arrondissement. Les collections ont été offertes par l’association au Patrimoine national en novembre 1994. Et attendent que l’Etat veuille bien les recevoir, il est question de transformer Kwok On en annexe du musée Guimet. Pour sa part, la Mairie de Paris, soucieuse de maintenir la collection dans ses murs et à flot, continue à la subventionner (ce qui n’est pas le cas du ministère de la Culture) et à chercher un port d’attache possible : l’enveloppe budgétaire prévue est aujourd’hui de 3,8 millions de francs. Terre en vue : un local situé sous les escaliers de la terrasse de Bercy, non loin de l’ex American Center, au bord de la Seine. Il y a juste un hic : une probabilité... d’inondation tous les cinquante ans. Une étude de faisabilité technique est en cours. Ses résultats sont escomptés avant l’été. Mais pour corser l’histoire, d’autres services de la Mairie - dont la direction de la voierie - ont des visées sur le lieu... C’est ce qu’on appelle un casse-tête chinois. Une vraie galère... »
Isabelle Fajardo paru dans Télérama Paris N°182 - 12 juin 1996