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Musées d’extrême-Orient

Laeken - Bruxelles

mardi 28 mars 2006 par Patrick Le Gac

L’ensemble exotique exceptionnel, que forment à Laeken la Tour japonaise et le Pavillon chinois avec ses deux dépendances, compte parmi les dernières grandes réalisations architecturales voulues personnellement par le roi Léopold II. C’est l’œuvre d’un architecte français : Alexandre Marcel (1860-1928). Ces édifices n’ont d’oriental que leur aspect extérieur : les principes de construction en sont européens et les matériaux, belges ; quant aux décors, ce sont des créations d’artistes parisiens. Toutefois, afin que trois de ces bâtiments aient un cachet d’authenticité, ils ont été pourvus d’un habillage exécuté tout exprès en Extrême-Orient. Ainsi, pour la Tour japonaise, les éléments ornementaux liés à l’architecture proviennent de Yokohama et le porche - conçu pour une attraction de l’Exposition universelle et internationale de Paris (1900) - a été commandé à Tōkyō. D’autre part, dans le secteur chinois, les boiseries polychromes du kiosque et du bâtiment principal - dont est dépourvue l’annexe, prévue à l’origine comme garage et remise,- ont été réalisées à Shanghai.

La Tour japonaise fut inaugurée en 1905, et le complexe chinois, se trouva achevé en 1910. L’État, qui les reçut en héritage, allait en 1921 en confier la gestion à l’institution appelée aujourd’hui Musées royaux d’Art et d’Histoire.

En raison de leur caractère particulier, ces bâtiments témoignent donc des rapports économico-culturels du XXe siècle débutant entre l’Europe et l’Extrême-Orient. Aujourd’hui, leurs collections permanentes assument le même rôle. Il s’agit en effet, de productions conçues expressément pour l’exportation. Ainsi la Tour japonaise présente des porcelaines décoratives réalisées pour l’Europe entre le milieu du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe, de même que des articles d’art décoratif japonais tant admirés aux Expositions universelles, dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe. Quant au Pavillon chinois, il détient d’importantes collections, qui déclinent toute la gamme de la production porcelainière chinoise destinée à l’Europe, aux XVIIe et XVIIIe siècles, par le biais des Compagnies des Indes.

D’autre part, après avoir été interdite au public depuis sa construction, mais réhabilitée récemment, la dépendance utilitaire du Pavillon chinois est dorénavant promue au rôle de Musée d’art japonais. Ce nouveau musée accueille, en effet, les collections d’art japonais classique conservées par les Musées royaux d’Art et d’Histoire, qui se concentrent sur l’époque d’Edo (1600-1868). Les quelques 12.000 pièces de cet important patrimoine ne seront jamais exposées toutes à la fois. La politique est de constituer des ensembles significatifs à partir de ce fonds important, de les présenter en permanence, mais par rotations régulières, vu la fragilité des oeuvres. Les choix ainsi faits témoignent de la maîtrise des Japonais, acquise notamment dans les arts du métal, du laque, de la peinture, de la xylographie, du textile, de la céramique, de la sculpture.

Outre la Tour japonaise et le Pavillon chinois, les Musées d’extrême-Orient à Laeken comptent depuis mars 2006 un troisième espace destiné à présenter des collections permanentes : le Musée d’Art japonais. Ce dernier bâtiment avait été conçu comme remise et garage pour la clientèle du restaurant, que devait être le Pavillon chinois, dans les plans de Léopold II. Mais ce projet ne s’étant pas réalisé, l’annexe du Pavillon chinois resta sans affectation et, par conséquent, fermée au public depuis son achèvement en 1907.

Or, cette dépendance s’est avérée idéale pour exposer les riches collections d’art japonais que détiennent les Musées royaux d’Art et d’Histoire, mais qu’ils ont dû placer en réserve depuis 1988. Aussi, dès 1990, les Musées ont-ils projeté de les réhabiliter. En effet, le caractère purement fonctionnel du bâtiment confère à l’intérieur une sobriété en harmonie avec l’art japonais classique ; en outre, ses volumes diversifiés et sa distribution équilibrée se prêtent très bien à une présentation d’objets de formats très variés. Ainsi, la grande salle centrale, prévue pour garer des voitures hippomobiles et automobiles, convient-elle parfaitement à la mise en valeur des armures et de l’équipement militaire. Les petites selleries s’adaptent tout à fait au raffinement précieux de petits objets à voir de très près, tels que boîtes en laque, sculptures miniatures et garnitures de sabres ; d’autre part, les écuries offrent le recul nécessaire pour admirer à loisir paravents et peintures, costumes et meubles. Quant aux tribunes, leur répartition permet d’y encastrer les oeuvres bouddhiques et d’y aménager des aires de repos. Enfin, les fenils dispensent une atmosphère lumineuse, propre à faire jouer les harmonies colorées des estampes et le chatoiement de la céramique.

A noter que les quelque 12.000 pièces que compte la collection japonaise ne seront jamais exposées toutes à la fois. Leur bonne conservation exige en effet une rotation régulière. Que le public n’en soit pas déçu. Au contraire, plutôt que de le lasser par la vision constante des mêmes oeuvres, cette politique offre l’avantage de réveiller périodiquement son intérêt, grâce à une découverte progressive de cet important patrimoine.

Renseignements pratiques

Lieu : avenue Van Praet 44, 1020 Bruxelles
Tél. : 02 268 16 08. Fax : 02 268 16 50 laeken@mrah.be


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