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Sculptures sur bambou des dynasties Ming et Ching

lundi 11 mai 1998 par Patrick Le Gac

Les Chinois apprécient depuis fort longtemps le bambou, qui, alliant flexibilité et rigidité, symbolise à leurs yeux la rectitude morale, l’humilité et la perfection de l’honnête homme. Nombreux sont les lettrés qui, par des poèmes, des chants et des peintures, ont célébré le port altier et la noblesse du bambou. Prisé pour le plaisir visuel qu’il apporte, le bambou répond aussi à des fonctions utilitaires multiples. Sculpté, il se présentait sous la forme d’objets artisanaux plaisant particulièrement aux lettrés. Pour la grande masse des gens en revanche, il était avant tout une plante dont les pousses constituaient un aliment savoureux et dont les tiges étaient utilisées comme matériau de construction dans le bâtiment ou pour fabriquer des meubles.

Selon la finalité de l’objet conçu, les artistes travaillant le bambou en sculptaient soit la tige, soit le rhizome. Ainsi réalisaient-ils communément des pots pour pinceaux ou encens, des accoudoirs, des porte-pinceaux, des presse-papiers, des sculptures antropomorphes ou zoomorphes ainsi que de petites compositions paysagères. Plus rarement, ils produisaient des « ruyi » (sortes de sceptres talismans), des gobelets en forme de corne de rhinocéros, des éventails pliables ou autres objets d’usage courant.

Il est attesté par des fouilles archéologiques que la sculpture sur bambou était en Chine un art connu dès le IIIe siècle avant notre ère. Plus tard, au XVIe siècle et au début du XVIIe, la valeur des objets en bambou se trouva rehaussée par les poèmes, inscriptions, marques sigillaires et compositions paysagères que les lettrés avait coutume d’y graver. Dans le même temps apparurent des sculpteurs sur bambou de grand renom qui surent conférer à ce qui n’était auparavant qu’une technique à vocation utilitaire les lettres de noblesse d’un art à part entière.

La collection d’objet en bambou sculpté du Musée de la Fondation Chang comprend essentiellement des oeuvres de la fin du XVIIe siècle et du XIXe siècle. Une soixantaine d’entre elles sont présentées pour la première fois à Paris, notamment un réchaud tripode de 10 cm très finement travaillé ou encore une statuette « géante » de 80 cm de haut représentant un Immortel. Les sculptures sur bambou sont traitées aussi bien en ronde bosse qu’en haut-relief ou bas-relief. Personnages, tels les Huit Sages dans la Bambouseraie, ou accoudoirs gravés d’inscriptions littéraires, toutes ces oeuvres témoignent du raffinement et de la délicatesse de l’art chinois de la sculpture sur bambou.

Texte paru à l’occasion de l’exposition « Sculptures sur bambou des dynasties Ming et Ching », du 11 mai au 19 juin 1998 au Centre Culturel et d’Information de Taïpei à Paris.

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