
On aurait beau regarder « Serbis » par une nuit d’hiver que l’on suerait à grosses gouttes, pris par l’atmosphère lourde, moite, tropicale, torride, sexuelle. Tant on est immergé au sein de la famille Pineda, des Philippins dont les liens se décomposent lentement. La matriarche, Nanay tente de maintenir leur niveau de vie grâce à leur unique source de revenus, le bien-nommé cinéma « Family ». Une salle où sont projetés des films érotiques des années 70, passés de mode. Peu importe aux spectateurs, car l’action ne se déroule pas sur l’écran mais dans la salle où une clientèle, exclusivement masculine, fait commerce de son corps, offrant ses « Serbis ». En l’espace d’une journée, on navigue dans tous les « organes » du cinéma : de la salle de projection à l’écran, en passant par la caisse, les toilettes inondées et des chambres encombrées et déglinguées. Le bâtiment est organique et ses habitants, des bactéries ou des globules rouges. Unique, ce film est tantôt cru, tantôt poétique, toujours sexuel, dès la première image... et il donne envie de se plonger plus avant dans la filmographie de son réalisateur Brillante Mendoza.