« Servir le peuple » de Yan Lianke
mardi 24 janvier 2006 par Emmanuel Deslouis

Lorsque Yan Lianke s’empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c’est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l’armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. De quoi donner une crise d’apoplexie au ministre de la propagande chinois, en charge de la censure. Son court roman est aussi iconoclaste que désopilant. Ou comment "servir le peuple" devient, pour l’ordonnance d’un commandant de l’Armée populaire de libération, l’injonction de satisfaire aux besoins sexuels de la femme de son supérieur. Le mari s’étant absenté pour deux mois, les deux amants passent leurs journées cloîtrés dans la maison où ils découvrent un jour, en brisant par accident une petite statue en plâtre de Mao, que ce geste sacrilège décuple leur désir. On ne s’étonnera pas que le livre ait été saisi et interdit dès sa publication.