« Takeshi Kitano, l’imprévisible » de Jean-Pierre Limosin
vendredi 3 juin 2005 par Emmanuel Deslouis

Le réalisateur Jean-Pierre Limosin s’attaque à un personnage étonnant du cinéma japonais, Takeshi Kitano, dont presque tous les films sont devenus cultes : Jugatsu, Hana-Bi, Violent Cop, A scene at the sea, Kikujiro, Brother, Getting Any, Kids Return, Sonatine, Dolls... Sa personnalité tantôt calme, tantôt ultra-violente, semble incompréhensible pour l’observateur occidentaux, qui a vite fait de le cataloguer dans le domaine des brutes. Ce documentaire où il parle beaucoup a donc le mérite de remettre un peu les pendules à l’heure, en éclairant des aspects du personnage. Il évoque ainsi sa mère tyrannique qui prétendait qu’il était "sot et méchant pour l’éloigner de ses camarades". Il reconnaît avoir copié ses trucs machiavéliques et s’en servir avec ses acteurs ! Il admet montrer des scènes violentes, mais il pense qu’elles seraient beaucoup plus cruelles s’il n’avait été autant battu durant sa jeunesse. C’est « la peur de la violence vécue jeune qui a créé cette fascination ». A propos de sa pudeur dans ses films, il explique qu’il est ainsi dans la vie : « je ne peux m’imaginer marcher côte à côte avec une femme dans la rue. Alors, encore moins dans un film ! » Alors qu’il est surtout connu au Japon pour ses show TV débiles, il avoue « j’ai l’impression de me prostituer à la TV. D’ailleurs, j’y fais souvent la tronche. A tel point que si je ne fais pas la gueule, on me demande ce qui ne va pas ! » Autre explication intéressante : comment il conçoit une scène idéale ? Comme pour une peinture, en présentant un minimum d’images, comme dans la scène du parking de Hana-Bi où il casse la figure de mécaniciens. Au delà des figures humoristiques, Kitano, tragique, est souvent pris par des pulsions d’autodestruction, comme lors de son accident de moto. On découvre un personnage d’une grande complexité, et c’est passionnant.