Ustad F. Wasifuddin Dagar est un éminent chanteur de style dhrupad (musique classique de l’Inde du nord). Fils et neveu des frères Dagar, bien connus en France, Ustad Wasifuddin Dagar appartient à la vingtième génération de la famille Dagar. Ayant reçu de ses aînés musiciens le titre de « ustad » (maestro) et du Ministère de la Culture indien celui d’« Artiste Très Eminent », il s’affirme, à 34 ans, comme un musicien dans la pleine maîtrise de son art.
Le chanteur, qui avait donné en 1998, à Paris, des concerts remarqués à l’UNESCO et à l’Ecole Normale Supérieure, s’est produit au Théâtre de la Ville en 2000. Il vient de retrouver en 2003, à l’occasion de multiples représentations, le public parisien après trois années de tournées en Inde, aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. Ses concerts au Salon de Musique de Suresnes et à l’université Paris 3 (amphithéâtre comble) ont suscité appréciation et enthousiasme.
Son auditoire a pu prendre la mesure du pouvoir du dhrupad qui, après avoir induit un état méditatif, impose vigueur et puissance rythmiques et sonores dans la partie suivante, avec percussion. C’est en effet avec un art consommé que Wasifuddin Dagar développe cette forme musicale riche et exigeante, qui laisse une large part à l’improvisation. Sans jamais sortir des limites de l’épure caractérisant ce style hautement classique et la tradition dans laquelle s’est illustrée sa famille (la dagarvani), il sait être parfaitement lui-même, jouer de son imaginaire et explorer les multiples facettes du dhrupad. Sa fine perception de son public l’amène parfois à lui donner quelques clefs lui permettant de mieux apprécier la musique, en particulier des indications sur le cycle rythmique de base et ses infinies variations possibles. Des auditeurs aussi avertis que le professeur Tran Van Khè - musicologue de renom connaissant parfaitement le dhrupad, qui a assisté à chacun de ses concerts en France - sont ainsi allègrement entrés dans le jeu consistant à marquer les temps de la mesure et à montrer leur appréciation des improvisations déployées respectivement par le chanteur et le percussionniste avant de se retrouver sur le « sam », le premier battement du cycle.
Excellent chanteur, Wasifuddin Dagar sait présenter sa musique avec simplicité. Il a fait des interventions appréciées aussi bien auprès de publics savants (Conseil indien de la Recherche Philosophique à New Delhi ; Fondation du Dalaï-Lama pour laquelle il a donné un récital à New York et une conférence illustrée sur le pouvoir de la psalmodie à New Delhi) que pour des publics de non-initiés : écoliers du fin fond du Japon, amateurs de musique pop et rock lors de la Journée Mondiale de la Musique à New Delhi.