À 23 ans, Maria-Kiran, cette interprète de bhârata natyam, style de danse indienne originaire du sud-est de l’Inde, affiche déjà un palmarès professionnel impeccable.
Non contente de s’imposer sur les scènes internationales, elle continue de creuser sa voie, ciseler sa danse au sein de longues tournées dans le cadre par exemple des Jeunesses musicales de France. Maria-Kiran, dont le nom signifie « rayon de lumière », sait que non seulement le travail sert le talent, ce qui serait simplement efficace et pragmatique, mais qu’il ouvre la voie la plus droite au déploiement d’un esprit riche et aventureux.
Cette jeune femme, née en Inde, vivant à Paris depuis l’enfance, se place d’ores et déjà dans le peloton de tête des interprètes de bhârata natyam.
Dès l’âge de 6 ans, elle prend ses premiers cours au Centre Mandapa, ce haut lieu de la culture et de l’art indiens de la capitale. Son premier maître est Vidya, disciple de K.M.K.Saroja de Madras, qui a fait la renommée du Centre situé dans le 13e arrondissement de Paris. Parallèlement, Maria-Kiran suit des cours de danse classique au conservatoire du même arrondissement.
« Le déclic a eu lieu à l’adolescence, se souvient-elle. Avant, j’adorais le bhârata natyam, mais je ne pensais pas en faire mon métier. C’est en voyant danser Dominique Delorme, un Français ayant découvert ce style lors d’un voyage en Inde, que j’ai perçu en profondeur la beauté de cet art. J’ai vraiment compris de l’intérieur la puissance de cette tradition, vieille de deux mille ans, et qui a survécu dans le respect le plus profond de son esprit et de sa forme. »
À 15 ans, Maria-Kiran fait donc, comme le veut le parcours d’une interprète de bhârata natyam, son arangeetram au temple de Chidambaram, cérémonie en public qui introduit les danseuses dans la vie professionnelle. Ce moment symbolique sans appel est un vestige de l’époque très lointaine où les danseuses officiaient comme devadasis dans les temples.
Sous la houlette de K.M.K Saroja, elle commence à donner des récitals tout en continuant ses études : « La présence des maîtres est fondamentale. Paradoxalement, le danseur est très solitaire et doit apprendre à progresser seul en désignant ses propres exigences par rapport à lui-même. Jamais un maître de bhârata natyam ne pousse un élève. C’est à l’élève de développer ses ressources pour assumer ce qu’il est et, au-delà, le choix de son métier. Le bhârata natyam est une quête personnelle qui trouve dans chacun une résonance particulière. »
Auprès de Vidya, qui est française, Maria-Kiran a appris les bases. À New Delhi, en 1998, elle rencontre Yamini Krishnamurthi dont le style puissant, presque masculin, affermit son geste. Tandis qu’auprès de Jamuna Krishnan avec laquelle elle travaille aujourd’hui, elle apprend à dépasser sa timidité et aborder sans complexe la danse plus narrative.
Le bhârata natyam comporte deux aspects : la danse pure (nritta), qui magnifie la technique et l’abstraction du geste ; la danse narrative (natya), proche du mime, qui raconte les mille et une histoires de la mythologie indienne à travers les grands récits que sont le Ramayana ou le Mahabharata : « Je me suis découvert un goût pour les histoires et le désir d’en raconter à travers le bhârata natyam. Un de mes grands plaisirs est de me transformer en conteuse et de raffiner la transmission des émotions. Le bhârata natyam permet ce genre de choses puisqu’on raconte les aventures des dieux en incarnant tous les personnages mais aussi les végétaux, les animaux et même le décor. J’apprécie le fait de me métamorphoser, de passer au cours d’une histoire de l’homme à la femme, de la mère au bébé. Nous jonglons entre la gentillesse et la méchanceté, la naïveté et la perversité. C’est un grand bonheur de théâtre qui exige une souplesse et une vitesse d’adaptation énormes. Le regard est primordial : tout se joue parfois à travers un seul regard. Dans le bhârata natyam comme dans la vie, l’émotion passe par les yeux. »