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Entretien avec Tony Jaa, acteur thaïlandais

Superstar martiale

mardi 27 décembre 2005 par Emmanuel Deslouis

Nous n’avons pas eu la chance de connaître Bruce Lee. Jet Li et Jacky Chan sont un peu rangés des voitures. Reste le nouveau prodige thaïlandais des arts martiaux, Tony Jaa, qui a littéralement crevé l’écran dans le film « Ong Bak ». Rencontre avec cet acteur d’une simplicité et d’une gentillesse désarmantes, qui nous parle de son nouveau film « L’honneur du dragon » (dont la sortie française est prévue le 8 février 2006).

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Tony Jaa et l’une des journalistes d’Eurasie
© E. Deslouis

Eurasie : Quels arts martiaux maîtrisez-vous ?

Tony Jaa : A l’université, j’ai étudié le muay thai boran, le krabi krabong, le bâton, l’épée, le pencak silat et le wushu. J’aime le sport, le saut, le takraw (une sorte de volley joué avec les pieds, les coudes et la tête). Ainsi, la scène de « L’honneur du dragon » où je casse une lampe perchée très haut utilise un mouvement de takraw. Dans mes films, j’essaye d’utiliser tous les sports que j’ai pratiqué.

Eurasie : Dans « L’honneur du dragon » , le réalisateur Pracha Pinkaew s’est-il inspiré de votre histoire familiale pour écrire une intrigue autour d’éléphants ? [Note : Le personnage principal se fait dérober deux éléphants par des trafiquants. Il suit leur trace jusqu’en Australie pour les libérer.]

Tony Jaa : Oui. Comme le héros du film, je viens d’une famille de cornacs. Je possède d’ailleurs deux femelles éléphants : l’une s’appelle Dok Mai (fleur) et l’autre Bai Mai (feuille). Elles ont 60 et 56 ans. Nous entretenons un lien très fort avec elles, elles ne sont pas considérées comme des animaux domestiques, mais véritablement comme des membres de la famille.

Eurasie : Comment sont considérés les éléphants en Thaïlande ?

Tony Jaa : Ils sont très respectés car ils sont les symboles de la Thaïlande. Jadis, les rois menaient des batailles à dos d’éléphants. Pas à cheval.

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« L’honneur du dragon »
© Bam-Ram-Ewe / Sahamongkol Films

Eurasie : Comment définissez-vous l’évolution de votre style entre Ong Bak et « L’honneur du dragon » : du muay thai à la boxe de l’éléphant ?

Tony Jaa : Vous savez, les mouvements du muay thai s’inspirent des déplacements de nombreux animaux. Mais presque jamais de ceux des éléphants. J’ai voulu réparer cette « injustice ». À l’occasion de ce film, j’ai observé leurs mouvements : comment ils se servent de leur trompe pour attraper de la nourriture ou pour casser une branche, comment ils soulèvent des arbres avec leurs défenses... Puis je les ai adapté pour en faire des gestes de combat.

Eurasie : Votre performance incroyable dans Ong Bak a-t-elle fait des émules en Thaïlande ?

Tony Jaa : J’ai fait des émules surtout en muay thai : des Thaïlandais et aussi des Occidentaux. Mais pas forcément en muay thai boran que j’utilise dans Ong Bak. Le muay boran est la forme traditionnelle utilisée pour faire la guerre, tandis que le muay thai est la forme sportive actuelle.

Eurasie : Parce que le muay boran demande d’avoir un maître à la différence du muay thai sportif qui ne nécessité qu’un entraîneur ?

Tony Jaa : Exactement. De plus, le muay thai boran existe sous plusieurs formes selon qu’il vient de la région nord, de l’Isan, du centre ou du sud. Chaque maître peut développer des gestes différents de ceux des autres. Même le muay thai moderne connaît plusieurs variantes. Dans Ong Bak, je n’ai montré qu’une infime partie du muay thai boran. Il y a encore matière à plusieurs films !

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L’affiche thaïlandaise de « L’honneur du dragon »
© Bam-Ram-Ewe / Sahamongkol Films

Eurasie : Quelles qualités nécessite cet art martial ?

Tony Jaa : Pour le pratiquer, il faut observer la nature dès son plus jeune âge : il faut travailler son physique comme son mental. Sans concentration, vous ne pouvez pas vaincre votre adversaire. Il faut d’abord vaincre votre propre peur. En fait, le muay thai boran est une arme pour faire la guerre, c’est extrêmement violent. Pour Ong Bak, j’ai emprunté des gestes à cet art. Puis je les ai modifié pour les rendre plus jolis, plus « doux » et plus intéressants. En un mot, moins violents !

Eurasie : Seriez-vous intéressé pour jouer la vie de célèbres combattants de muay thai ?

Tony Jaa : Oui, par respect pour ces illustres ancêtres. Notamment les rois Nai Khanom Tom, Phra Jao Seua, Chao Phya Phijai Daphak qui étaient de grands combattants de muay thai.

Eurasie : Dans « L’honneur du dragon », vous affrontez des adversaires étrangers qui ont déjà fait du cinéma comme le catcheur Nathan Jones ou Johnny Nguyen. Par contre, le spécialiste de capoeira est inconnu. Comment l’avez-vous rencontré ?

Tony Jaa : Effectivement j’ai découvert ces artistes dans des films à l’exception du Français, que j’ai découvert sur un site internet. Je trouvais les mouvements de la capoeira intéressants. Je l’ai contacté et lui ai demandé s’il avait vu Ong Bak, il m’a répondu oui, et si ça l’intéresserait de travail sur « L’honneur du dragon », il m’a répondu une seconde fois oui. Nous nous sommes bien entendus car nous parlions un langage commun, celui du combat et des arts martiaux.

Eurasie : Comment avez-vous préparé l’incroyable scène de combat contre ce capoeiriste ?

Tony Jaa : Cette scène existait déjà dans mon esprit, avec de l’eau, du feu qui brûle et de grandes giclées d’eau. Il m’a fallu un mois pour préparer cette scène et une semaine pour la tourner.

Eurasie : Y a t il eu beaucoup d’accidents durant le tournage ?

Tony Jaa : Oui, parce qu’il y avait beaucoup de scènes risquées. Lors du tournage de la scène où je grimpe sur le mur comme Spiderman, je me suis déchiré un muscle. Et aussi durant la scène où un vélo fait une pirouette au-dessus de moi : je me suis méchamment tordu la cheville ! Mais la scène la plus fatigante est celle où j’ai du monter quatre étages en quatre minutes en courant, dans le restaurant...

Eurasie : Comment avez-vous préparé cette scène de combat ? Car c’est un plan-séquence de plusieurs minutes sans une seule coupe, vous deviez donc tout jouer d’une seule traite sans vous arrêter.

Tony Jaa : C’est sûrement la scène qui restera emblématique dans ce film, car il n’y a jamais eu de films d’action avec un plan-séquence de cette longueur. On l’a préparé pendant un mois, puis on l’a tourné en cinq jours, au bout de huit prises ! Avec seulement à peine deux prises par jour, toute l’équipe devait être extrêmement précise et toujours prête. Il m’est arrivé de devoir stopper l’action au 3e étage parce que le personnel de sécurité n’était pas encore là. Autre moment de frustration : j’étais arrivé au quatrième étage mais la bobine était finie, et il fallait reprendre dès le début. Tout était calculé au plus précis. Je me souviendrais de cette scène !

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis, Quan Wansanit, Gérard Bar-David et Thomas Maksymowicz.

Le site officiel du film (en anglais)

Un site complet sur Tony Jaa (en anglais)

Interview sur le muay thai (en français)


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