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Musiques de Corée
Par l’ensemble de l’Institut national de musique et de danse traditionnelles de Séoul
 
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Affiche
La Corée aurait pu être absorbée, digérée culturellement par les deux géants qui l’entourent, la Chine et le Japon. Elle a su, au fil des siècles, au contraire, puiser dans leur fond culturel, le transformer pour le faire sien. Dans le cadre du « Festival de l’imaginaire », la Maison des cultures du monde a ainsi accueilli l’ensemble de l’Institut national de musique et de danse traditionnelles de Séoul pour qu’il présente au public français l’aboutissement de ces métissages culturels asiatiques. Comme le mélange de la musique de Cour chinoise sous la dynastie Tang et celle de la cour de Corée sous le royaume de Silla, période prenant fin avec le premier millénaire de l’ère chrétienne. Parallèlement à ces musiques dites « savantes » continuent à vivre les danses cheminantes - héritage coréen issu de ses origines sibériennes - dont certaines ont fini par être intégrées au répertoire classique.

La première partie du concert a donné la part belle au chant classique coréen en présentant trois formes de chant apparus au XVIIe siècle : le kagok, le sijo et le kasa. Le premier est accompagné par un ensemble d’instruments à vent et à cordes (cithare à six cordes, vièle à deux cordes, flûte de bambou, hautbois...). Il s’articule autour de poèmes de trois vers à l’instar du sijo, un chant lyrique accompagné d’un petit ensemble instrumental. Le kasa est un chant narratif accompagné par un tambour ou un ensemble. Les thèmes de ces chants tournent autour des sentiments amoureux, des relations entre l’homme et la nature, des représentations de l’amour, la nature humaine et la paix universelle. Au delà du style vocal si original qui hypnotise l’auditeur, l’aspect visuel du concert n’est pas moins important.

La chanteuse Lee Jun-Ah se détache sur scène dans des robes de soie traditionnelles aux couleurs magnifique. Ainsi parée, son visage au teint d’albâtre, les mains repliées devant, elle paraît être une poupée de cire dont la voix virevolte des graves aux aigus cristallins tout en jouant avec les altérations. Lors des premiers chants sijo, « Ch’ongjoya », et kasa, « Ch’unmyon-gok », elle se lance dans un dialogue croisé avec un flûtiste. Sa voix flotte autour de la note, d’une manière presque incantatoire, aidée par la flûte. La musique d’ensemble est tout aussi originale : on remarque ainsi Yoon Sung-Hye, la joueuse de cithare à six cordes, qui à l’air de réaliser une véritable performance physique en manipulant son lourd instrument. Il lui glisse des genoux à chaque coup du bâtonnet qui lui sert à pincer les cordes. Les gestes des musiciens s’inscrivent dans une chorégraphie d’ensemble. Pas de mouvements précipités mais des gestes qui obéissent à une rythmique immuable.

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Lee Jun-ha
La chanteuse Lee Jun-ha interprète un kagok, un chant qui dépeint les couleurs de la nature humaine.

La musique classique instrumentale est présentée dans la seconde partie du concert : duo d’orgue à bouche et de flûte, un solo de flûte traversière, un solo contemporain de cithare à douze cordes et enfin la musique de cour Aak. Cette dernière fait appel à un grand ensemble instrumental : la lente mélodie est d’abord jouée par le hautbois avant d’être reprise par tous les autres instruments.

Ce musicien joue un solo pour flûte traversière en bambou, taegum.

Ce récital n’aurait pas été complet si la danse avait été oubliée. Les auditeurs ont d’abord eu droit à une danse de cour qui évoquait le vol d’un oiseau. Vêtue d’une robe jaune aux longues manches multicolores, la danseuse Choi Yeon-Hyeong a exécutée cette danse avec une grâce extrême agitant ses bras ensemble ou séparément. Dans un répertoire beaucoup plus « envoûtant », elle a accompli une danse chamanique, le « salp’uri », dont le but est d’exorciser une calamité. Vêtue d’une robe blanche traditionnelle, elle est passée au fil de sa danse par tous les sentiments possibles, le visage d’abord impassible avant d’esquisser un large sourire à son achèvement.

La danse chamaniste, salp’uri, vise simplement à exorciser une calamité.

La musique de cour coréenne a beau être très éloignée de nos schémas occidentaux, elle n’en reste pas moins passionnante et surprenante. D’ailleurs, le public parisien ne s’y est pas trompé, applaudissant à tout rompre l’ensemble de Séoul et n’arrivant pas à s’arracher à son charme.

Emmanuel Deslouis

Article rédigé à l’occasion de la représentation du 22 mars 1999 à la Maison des Cultures du Monde.


Publié par Emmanuel Deslouis le dimanche 11 avril 1999
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