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Entretien avec Jean-Claude Pomonti, journaliste
Images du Monde vues d’Asie
Correspondant du quotidien Le Monde en Asie du Sud-Est, Jean-Claude Pomonti rapporte des enquêtes fouillées depuis une trentaine d’années. Loin des effets de scoop, il cherche à présenter une synthèse toujours claire de situations qui le sont moins.

Eurasie : Lors de votre couverture de la guerre du Vietnam, quelle était votre position en tant que correspondant ?

Jean-Claude Pomonti : Rapporter, décrire, analyser, dans le contexte de l’époque, une guerre qui a, à la fois, passionné et divisé. Ce n’était pas simple. J’avais une trentaine d’années, et à cet âge-là, quels que soient vos efforts et vos connaissances, vous manquez de recul. Ma couverture du conflit en a sans doute souffert.

Eurasie : Avez-vous ressenti pendant cette guerre l’énorme décalage entre les informations recueillies à la source et leur instrumentalisation éventuelle dans les pays occidentaux ?

 
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© J.C. Pomonti
Jean-Claude Pomonti parcourt l’Asie pour le journal Le Monde depuis 30 ans.

Jean-Claude Pomonti : J’y fait allusion dans ma réponse précédente. Mais c’est aussi l’envers de la médaille : on cherche constamment à exploiter les journalistes !.

Eurasie : Pourquoi avez-vous choisi de travailler en Asie à la fin des années 60 et surtout d’y revenir vingt ans plus tard ?

Jean-Claude Pomonti : Le conflit du Vietnam était le grand débat du moment, après les avatars de la décolonisation française. Dans les années 70, j’ai donc eu la chance de me rendre au Vietnam et, ensuite, d’être chargé par "Le Monde" d’y couvrir la guerre. L’Asie du Sud-Est est devenue, ainsi, ma tasse de thé. La curiosité aidant, quand j’ai choisi de reprendre le reportage, j’ai souhaité y retourner, c’est à dire au début des années 90.

Eurasie : Quelles sont les difficultés que vous rencontriez pour travailler en Asie il y a 30 ans, quelles sont celles d’aujourd’hui ?

Jean-Claude Pomonti : Le manque de bouteille, tout ou presque à apprendre et, bien entendu, les difficultés de communication à l’époque du télex. Aujourd’hui, j’ai des points de comparaison - les années 70 - et plus de bouteille. Cela me permet de prendre davantage de recul.

Eurasie : Vous travaillez en Thaïlande où plusieurs médias sont tenus par des militaires. Cela pose t-il des problèmes pratiques pour aller à la pêche à l’info ? Ou bien se sont-ils alignés sur les médias étrangers ?

Jean-Claude Pomonti : Bangkok est ma base arrière, où j’écris, prépare mes voyages etc. Il n’y a pas de problèmes particuliers de pêche à l’info en Thaïlande. Les médias ne sont pas tenus uniquement par les militaires. Par contre, la grande influence de la famille du premier ministre actuel, Takhsin Shinawatra, est sensible. Il est difficile de concevoir que des Thaïlandais puissent être durablement alignés sur des étrangers.

Eurasie : Quelles énormes différences avez-vous constaté dans la conception de l’information entre les médias asiatiques et les européens ?

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© éd.Philippe Picquier
Portrait du Vietnam d’après la pérestroïka vietnamienne, le Doi Moi.
 

Jean-Claude Pomonti : L’information, devenue immédiate, traverse un grand chamboulement. Il y a problème d’adaptation. Les médias asiatiques sont probablement plus respectueux de l’autorité que les européens, mais leur attitude dépend également des régimes politiques.

Eurasie : La curiosité qui vous a poussé à vous installer en Asie est-elle toujours aussi vivace ?

Jean-Claude Pomonti : Toujours, plus on avance, plus on apprend.

Eurasie : Y a-t-il des pays asiatiques dans lesquels vous marchez sur des œufs pour aller chercher de l’information ?

Jean-Claude Pomonti : Exact, mais cela n’est pas vrai que des pays asiatiques. Disons qu’en Asie, il faut également disposer d’une familiarité, longue à acquérir, des sociétés pour pouvoir s’y retrouver.

Eurasie : Quelle image de la France renvoient les pays d’Asie du Sud-Est où vous vous rendez ?

Jean-Claude Pomonti : Une image contrastée. En ce moment, la France est plutôt populaire pour avoir refuser d’entériner l’unilatéralisme américain au Proche Orient.

Eurasie : Y a-t-il des lieux que vous vous interdisez en Asie ou êtes-vous prêt à aller partout ?

 
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© éd.Le Monde
Une bonne synthèse de la situation du Vietnam actuel réalisée par J.C. Pomonti et H.Tertrais.

Jean-Claude Pomonti : Je m’intéresse plutôt à tenter de comprendre ce qui se passe et j’ai passé l’âge de l’aventure.

Eurasie : Vous sentez-vous à l’aise pour vivre dans une ville comme Bangkok ?

Jean-Claude Pomonti : Parfaitement. A chacun son ancre mais on peut suivre aujourd’hui l’évolution de la planète de pratiquement n’importe où. L’ancre a moins d’importance.

Eurasie : Y a-t-il beaucoup de journalistes français basés à Bangkok et qui rayonnent sur l’Asie du Sud-est ?

Jean-Claude Pomonti : Peu, une demi-douzaine

Eurasie : Que pensez-vous du traitement médiatique du SARS et de la grippe aviaire ?

Jean-Claude Pomonti : C’est complexe. L’information immédiate n’aide pas à traiter ce genre de développement. Il y a des effets de panique injustifiés. Mais les médias ne sont pas les seuls responsables.

Eurasie : Êtes-vous parfois tiraillé entre un désir de traitement plus critique de l’information et des obligations de prudence ? Je pense notamment au Cambodge vis-à-vis des khmers rouges ou encore au très controversé premier ministre Hun Sen.

Jean-Claude Pomonti : En général, non. Il y a toujours moyen de faire savoir au lecteur ce que l’on ressent : un portrait, une enquête, une analyse. Il est plus difficile de donner, par touches, une impression juste de l’évolution d’un pays ou d’une société. En deux mots : si tout va si mal, comment expliquer que les gens vivent souvent mieux ?

Eurasie : Vous avez réalisé des ouvrages sur les enfants de la guerre en Asie. Avez-vous des sujets qui vous tiennent particulièrement à cœur et que vous n’avez pas encore pu traiter ?

Jean-Claude Pomonti : Oui, un bon nombre, mais je manque de temps. Je voudrais notamment raconter ce qu’il y a de beau dans mon métier, mais il me faudrait, pour le faire, un long temps d’arrêt.

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis

Bibliographie

Viêtnam, quand l’aube se lève, éditions Philippe Picquier, 1997.

Viêtnam,, communistes et dragons, éditions Le Monde, 1994. (avec Hugues Tertrais)

Poussières de vie, tome 2 : les enfants de la guerre, éditions Fayard, 1994.

Poussières de vie. [1], Les petits chiffonniers de Phnom Penh, éditions Fayard, 1993.

La rage d’être vietnamien, éditions du Seuil, 1974.

Des courtisans aux partisans. la crise cambodgienne, Gallimard, Coll. Idées, 1971. (avec Serge Thion)


Publié par Emmanuel Deslouis le mardi 17 février 2004
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