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« Images du monde flottant »
Du mercredi 29 septembre 2004 au lundi 3 janvier 2005
Peintures et estampes japonaises des XVIIe et XVIIIe sicles
Galeries nationales du Grand Palais - Paris

A partir de 1603, Edo devient la capitale d’un Japon pacifi. S’ouvre une re de prosprit et d’optimisme qui se traduit bientt par l’apparition de quartiers de divertissements la lisire des grandes villes. Deux institutions, nouvellement apparues, les animent : les maisons de th et le thtre kabuki, sjours des courtisanes, des danseuses et des acteurs que l’on clbre comme de vritables icnes. Ce monde des marges troitement surveill par le shogunat se dnomme « Monde flottant » (ukiyo). Les mouvements du corps et de l’me qui s’y dessinent donnent lieu un courant pictural indit qui met en avant la figure fminine : les « images du Monde flottant » (ukiyo-e).

Les commanditaires de l’ukiyo-e sont des citadins rcemment enrichis dans le commerce. Coups des sphres du pouvoir par respect des valeurs hirarchiques de la socit confucenne des shoguns Tokugawa, ils trouvent ainsi une voie d’expression. Leurs gots picturaux refltent une attitude existentielle nouvelle, voue au culte du beau et des plaisirs phmres. Ukiyo qui, au XVIIe sicle, signifie littralement « le frivole », « le fluctuant », ironise par homophonie sur une ancienne conception bouddhique « monde de douleur » - ambigut de sens qui imprgne l’ukiyo-e, ces images du dsir teintes de mlancolie que prsente l’exposition.

Grce aux prts exceptionnels de collections trangres, japonaises principalement, publiques et prives, et du muse national des Arts asiatiques-Guimet, 50 peintures (sur paravents et sur rouleaux) et 150 estampes sont rassembles pour saisir le langage stylistique et iconographique des images du Monde flottant qui essaiment jusqu’ la fin du XVIIIe sicle.

Au dbut du XVIIe sicle, les spacieux paravents sur fonds d’or de l’Ecole Kan reprsentent des peintures de genre. Les scnes dcrites sont lies au passage des saisons ou quelques sites fameux, lus de longue date pour leur beaut comme le mont Fuji ou tel sanctuaire shint surplombant la baie d’Osaka. Des sayntes s’y droulent autour de danses et de jeux traditionnels, ici un banquet sous des cerisiers en fleurs, l une parade de jeunes filles somptueusement vtues. Des uvres plus tardives dcrivent les « divertissements », dans des jardins et des pavillons encore imaginaires, ceints de volutes dores, qui prfigurent les occupations badines du Monde flottant.

Autour de 1650, des artistes anonymes s’inspirant des quartiers de plaisirs naissant inversent les rapports de valeur entre paysage et personnages, projetant la figure humaine au premier plan. Le paravent six volets, prt par le muse Hosomi, prsente un intrieur qui fait la transition entre la scne de divertissements et l’ukiyo-e : la disposition des personnages suit une ligne mlodique qui isole chaque figure sur le fond d’or de la partie droite. Par la suite, les portraits, peints sur rouleaux, de « beauts lisant » ou « se promenant », mettent l’accent sur la sensualit fminine de silhouettes enveloppes de kimonos luxuriants en cho aux modes du Monde flottant, mais aussi la littrature mdivale, le Dit du Genji ou les Contes d’Ise. Certaines natures mortes sur paravent reprsentent ces seuls kimonos jets sur un portant, les tagasode (« De qui sont ces manches ? ») qui voquent alors la beaut absente.

Longtemps considr comme le pre de l’ukiyo-e, Moronobu (1618-1694) est le premier artiste condenser les recherches graphiques et thmatiques de ce courant et signer ses uvres. Son travail exerce des influences croises dans un va-et-vient entre peinture et gravure. Issues des ouvrages imprims dont furent dtaches les premires images pour tre vendues l’unit, les estampes, reproductibles et peu onreuses, rpondent la forte demande des visiteurs des quartiers de plaisir. Elles allaient donner une allure particulire l’ukiyo-e.

Conue, l’origine, en noir et blanc, l’estampe reoit vite les premiers rehauts colors au pinceau des artistes dits « primitifs » (Ecole Torii). Cependant la technique de la xylogravure ne cesse de se perfectionner dans une mulation cratrice intgrant bientt quelques couleurs au processus d’impression. Harunobu (1724-1770), le premier, cre la polychromie qui donne jour aux « estampes de brocarts ».

L’exposition prsente les diverses voies stylistiques et thmatiques suivies par les artistes comme Kryusai ( ?-1793) ou Kiyonaga (1752-1815), au cours de ce qui fut l’ge d’or de l’estampe japonaise, dans les 25 dernires annes du XVIIIe sicle. La lettre, le travestissement de l’acteur (onnagata), la toilette, le miroir, l’vocation de l’amour maternel sont les nouveaux moyens, plus narratifs, pour traduire le sensuel, mlangeant toujours les rfrences la littrature mdivale et l’existence contemporaine des citadins d’Edo. La figure fminine fait l’objet d’une mise en valeur infinie suivant des courbes inattendues, trs effiles, serpentines. Souvent allusive, plus ou moins fluide, la ligne joue sur l’paisseur du trait qui cerne les plages colores.

L’innovation majeure d’Utamaro (1753-1806) dans l’art du portrait rside dans le choix de compositions resserres sur le modle, mi-corps ou en gros plan autour du visage, poussant le plus loin la recherche de sensualit, aux confins de l’tude psychologique. La reprsentation du corps constitue un des axes de rflexion sous-jacents au parcours de l’exposition : de l’absence du nu comme parti pris pictural aux sries rotiques (shunga, littralement « images de printemps »).

Autour de 1900, Paris est une rfrence en matire de got et de connaissance de l’estampe japonaise. Le japonisme et ses influences multiples sur l’art occidental traduisent l’enthousiasme de toute une gnration. Les grandes collections parisiennes de la fin du XIXe sicle et du dbut XXe sont l’origine du fonds exceptionnel du muse du Louvre, transfr au muse Guimet en 1945 : un fonds de 3000 estampes, rcemment augment par une donation en 2001 et deux sries d’acquisitions en 2002 et 2003.

L’exposition remet l’estampe en perspective en ouvrant le courant pictural de l’ukiyo-e aux uvres peintes, sur paravents et sur rouleaux, que le public franais connat moins. En se limitant aux uvres des XVIIe et XVIIIe sicles, le propos se concentre sur l’mergence et le traitement de la figure humaine qui, au XIXe, sicle cde le pas au paysage et la thmatique du voyage.

Une slection des plus belles estampes du muse des Arts asiatiques - Guimet, spcialement sorties des rserves, complte admirablement les chefs-d’uvre venus des collections japonaises, publiques et prives, grce la participation des muses nationaux de Kyto et de Tokyo, ainsi que du muse municipal d’Osaka. D’autres prts franais, amricains, allemands et anglais enrichissent encore l’exposition. Ainsi, les deux parties du paravent Pique-nique pour admirer les cerisiers en fleurs provenant l’une du Brooklyn Museum of Art, New York, l’autre d’une collection particulire, se trouvent runis le temps de l’exposition.

Galeries nationales du Grand Palais
Entre Clemenceau - 75008 Paris

Publié par Patrick Le Gac
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