Les dates des principales cérémonies sont :
- 9 janvier : Paush Purnima
- 14 janvier : Makar Sankranti
- 24 janvier : Mauni Amavasya
- 29 janvier : Basant Panchami
- 8 février : Magh Purnima
- 21 février : Mahashivaratri
Prayaga, l’actuelle ville d’Allahabad, située dans l’Uttar Pradesh, au confluent du Gange, de la Yamuna et de la Sarasvati, serait, selon certains le lieu de pèlerinage ou tirtha le plus sacré d’entre tous. Les quatre autres sites où se tiennent ces grandes assemblées d’hommes pieux, sont Haridwar, Nasik, Ujjain et Prayaga.
Ce pèlerinage qui consiste en une baignade collective est supposé absoudre tous les péchés commis dans les nombreuses vies antérieures. Il attire des jours durant des millions de dévots et de personnalités venus des quatre coins de l’Inde et même de l’étranger. Cette année, près de 30 millions de fidèles sont attendus.
Les sadhus ou saints hommes arrivent d’un peu partout et s’installent pour la durée du pèlerinage sur la rive du fleuve et alentour. Ils ont le privilège de se baigner en premier. Pour les dévots hindous, le Kumbh Mela est une formidable occasion de côtoyer ces hommes saints et de se ressourcer à leur contact.
Historiquement parlant, il est difficile de retracer l’origine du Kumbh Mela. Depuis le IIème siècle, le Kumbh Mela a été célébré tous les douze ans, en quatre lieux différents de pèlerinage, chacun suivant son propre cycle. Le pèlerin chinois Hiuen Tsiang semble bien évoquer ce pèlerinage dans son journal. Il avait, en effet, accompagné, le souverain Harsha Vardhana, en 664 av. J.-C, au pèlerinage de Prayaga. Le souverain campait luxueusement près des rives du fleuve, s’entretenait avec les sadhus, les érudits et écoutait les doléances de ses sujets. A la fin du pèlerinage, il distribuait tout ce qu’il avait apporté avec lui. Si l’on en croit le récit de ce pèlerin, le confluent des trois rivières attirait non seulement les moines hindous mais aussi des moines bouddhistes et Jaïns.
Ce n’est que bien plus tard, en 1822, que l’on trouve une autre référence au Kumbh Mela de Prayaga, dans les mémoires de Bahadur Singh Bhatnagar. Les Britanniques avaient levé un impôt sur les pèlerinages ce qui engendra une baisse de fréquentation.
Selon les indications officielles, en 1906, près de 2, 5 millions de pèlerins se baignèrent au confluent le jour de Mauni Amavasya, l’un des six grands jours considérés comme favorables, en 1918, 3 millions, en 1930, 4 millions. Après l’indépendance, on enregistre en 1954, 6 millions de pèlerins. Ler nombre ne cessera d’augmenter atteignant les 7 millions en 1966, 10 millions en 1977, 15 millions en 1989 et vraisemblablement 30 millions cette année.
Le Kumbh Mela fait référence au mythe du barattage de l’océan, exécuté par les dieux et les démons au début des temps afin d’obtenir la liqueur d’immortalité, l’amrita. Ce mythe est relaté avec certaines variantes dans de nombreux textes dont le Râmâyana, le Harivamsa, le Vishnu-Purana, le Matsya-Purana et le Bhagavata Purana. Les dieux souhaitant devenir immortels s’étaient associés aux démons, les asuras, pour acquérir cet élixir d’immortalité. Ceux-ci devant sortir de l’océan, le Mont Mandara fut arraché et transporté à grand peine jusqu’à l’océan. Il devait servir de baraton et le serpent Vasuki de corde pour le remuer. Vishnu se manifesta sous la forme d’une gigantesque tortue et se plaça sous le mont pour éviter qu’il ne s’enfonce dans les régions souterraines. Les démons tenant la partie antérieure du serpent, et les dieux, la partie postérieure, tiraient Vasuki à tour de rôle. Au bout de mille ans selon certains textes, diverses richesses dont la liqueur d’immortalité, sortirent de l’océan. La liqueur était contenue dans un vase, le Kumbh, tenu par Dhavantari. Démons et dieux voulurent s’en emparer. Ces derniers parvinrent à leur fin mais dans leur précipitation, ils renversèrent quelques gouttes de nectar dans les autre lieux : Prayaga, Haridwar, Nasik et Ujjain qui devinrent les lieux de pèlerinage.
Selon la tradition, ces gouttes de nectar tombées dans les trois rivères Godavari, Kshipra et Gange, libèreraient les âmes de tous ceux qui s’immergent trois fois dans leurs eaux et permettraient aux fidèles de se libérer du cycle mort-renaissance.
Les sadhus sannyasis arrivent généralement la veille de l’ouverture du pèlerinage. Les fidèles, postés un peu partout le long de l’itinéraire emprunté par le cortège des sadhus, attendent de les saluer. Les sadhus sont conduits par leurs supérieurs hiérarchiques. Ils sont en fait accueillis par les représentants des pouvoirs publics, la police, comme de véritables dignitaires.
La journée se passe partagée pour les sadhus entre les moments de prière, les exercices de yoga, les rites de pénitence, la lecture de textes sacrés, les débats animés par les sages érudits, les supérieurs monastiques et la bénédiction des fidèles. Ceux-ci quelle que soit leurs condition physique ou sociale occupent leur journée à rendre visite aux sadhus, à se prosterner devant les saints hommes, à s’immerger. Les plus riches d’entre eux organisent desbanquets à l’intention des sadhus et sannyasis. Nombreux sont ceux qui leur font des cadeaux. Il n’est pas rare que les fidèles viennent en ces hauts lieux spirituels avec leurs enfants, leurs parents âgés, voire parfois malades.
Sur le plan de la logistique, ces pèlerinages nécessitent de gigantesques efforts pour mettre en place des installations provisoires qui vont permettre de fournir aux pèlerins, aux sadhus un minimum de confort matériel : cabines téléphoniques, bureaux de poste, banques, magasins d’alimentation, d’articles religieux, dispensaires, installations pour fournir de l’eau, de l’électricité, des bicyclettes. 27 ponts temporaires ont été bâtis, les routes élargies, l’effectif de bus et de trains augmenté pour l’occasion. Un grands nombre de volontaires, un peu comme ceux engagés durant les Journées Mondiales de la Jeunesse, oeuvrent au bon fonctionnement de cette ville éphémère mise en place pour la durée du pèlerinage. Si les pouvoirs publics déploient des talents d’organisateurs, les services d’ordre n’ont pas une tâche facile non plus car un tel afflux de population ne manque certainement pas de susciter des troubles, des débordements surtout au moment de la baignade durant les jours auspicieux.
Un tel rassemblement ne va pas sans problèmes. Le flot d’autocars, de camions et de voitures convergeant vers le lieu de la fête a ainsi semé le désordre sur les quatre routes conduisant à Allahabad, ville située à 580 km au sud-est de New Delhi.
Des milliers de soldats et de policiers ont été mobilisés pour prévenir attentats terroristes, mouvements de foule ou crimes parmi des pèlerins qui vivent dans des tentes ou dorment à la belle étoile dans un froid hivernal.
En 1954, 800 fidèles étaient morts lors d’un Kumbh Mela à Allahabad. En 1984, 200 avaient péri dans une bousculade dans la ville hindoue sacrée de Hardwar. Ajoutant aux craintes de troubles, une organisation nationaliste hindoue affiliée au Parti Bharatiya Janata (BJP, pro-hindouiste au pouvoir), a déclaré vouloir profiter du Kumbh Mela pour annoncer la date de construction d’un temple controversé. Il se dresserait en effet carrément sur le site d’une mosquée, détruite en décembre 1992 par des extrémistes hindous à Ayodhya, à 500 km à l’est de New Delhi. Cet acte de vandalisme religieux avait déclenché une vague de violences opposant musulmans et hindous et qui avait fait 2.000 morts dans tout le pays.
Le lieu de pèlerinage symbolise aux yeux des fidèles la demeure céleste des dieux. L’atmosphère qui y règne est empreinte de dévotion : les pèlerins récitent des textes sacrés, chantent des bhajans, chants religieux ; on entretien des feux, le tout sur fond de musique (conques et bugle).
Les Grands Bains constituent le point fort du Kumbh Mela. Les sadhus ont la priorité sur les fidèles qui ne se baignent qu’ensuite. Un ordre de préséance est du reste établi. Spectacle grandiose en vérité que celui de ces confréries qui défilent en procession. Ce n’est qu’après l’immersion des divinités tutélaires que les sadhus peuvent entrer dans l’eau. Les fidèles se prosternent sur leur passage.
Cette année, le Kumbh Mela coïncide avec un alignement de planètes qui ne se reproduira pas avant 144 ans.
Mais le Kumbh Mela n’est pas seulement un rassemblement de dévots uniquement mais un Maha Kumbh des médias du monde entier venus à Allahabad pour filmer la plus grande manifestation spirituelle qui dure 41 jours. Il convient de signaler que c’est la première fois que le Maha Kumbh se déroule après le boom du satellite ce qui permet des interviews de sadhus en direct.
La chaîne de télévision indienne spirituelle Aastha diffusera pas moins de 6 heures de programme quotidien pendant la durée du pèlerinage.
De grandes stars internationales sont attendues en Inde pour assister au Kumbh Mela. Le Times of India annonce la venue de la jeune mariée, Madonna, de Paul McCartney, de Sharon Stone, Pierce Brosnan (James Bond), Demi Moore, Courtney Love, ou encore Richard Gere, un habitué de l’Inde, parmi d’autres célébrités dont certaines personnalités françaises. McCartney est venu à plusieurs reprises en Inde depuis les années 60 qui avaient vu les Beatles flirter avec le mysticisme hindou.
L’Inde à la pointe de l’internet innovera cette année avec la mise en place d’une vingtaine de bornes internet dispersées sur les lieux du rassemblement pour permettre aux fidèles égarés de retrouver leurs proches au milieu de la foule ou de réserver une chambre d’hôtel. Le site officiel du Maha Kumbh Mela offre également aux hindous qui ne peuvent se rendre sur place (notamment les expatriés), la possibilité de purifier leur âme grâce à des bains virtuels.
Les prochaines Kumbhamelâ
- 2010 : Hardwâr
- 2013 : Prayâg